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we are unpeople

Chronique de we are unpeople, premier album d’unpeople (SharpTone) : pop-punk, metalcore et refrains géants derrière un nom orwellien. Un coup de cœur.

Guillaume W
Chroniqueur
Publié
unpeople - we are unpeople

we are unpeople, 9 octobre 2026, SharpTone Records



Formé à Londres en 2023 sur les cendres de Press To MECO, unpeople a ouvert pour Metallica à Vienne et foulé la Main Stage du Download avant même d'avoir un album à défendre. La réputation précède donc le disque, et le nom intrigue : comment un groupe aussi enthousiaste peut-il se baptiser d'après les effacés de 1984 ? we are unpeople fait de cette contradiction son terrain de jeu : un disque de contrastes où l'ombre sert la lumière.


Dans 1984, Orwell appelle « unperson » le citoyen « vaporisé » par l'État, dont toute trace est ensuite effacée. Le groupe assume la filiation, mais pour mieux la retourner : unpeople désigne pour lui ceux que l'on juge sans importance politique, et il en fait un étendard. Le cri de ralliement « we are unpeople, you are unpeople » conclut chaque concert depuis le tout premier, à 2000trees en 2023, et c'est cette formule, lancée un soir sans y penser par Jake Crawford, qui a fini par donner son titre au disque.


Le contraste est le premier ressort de l'album : un nom de dystopie, une musique de fête. Le groupe revendique d'ailleurs un « fatalisme sain », l'idée que rien n'ayant vraiment d'importance, autant faire ce qui nous plaît.

 Luke Caley (guitare), Jake Crawford (chant, guitare), Em Lodge (basse, chant), Richard Rayner (batterie)

On attendrait des paroles ouvertement sociales ; elles sont en réalité plus intimes. Jake Crawford, qui signe presque tout, y parle de tenir son cap face aux pressions extérieures (clouds), de la peur de se montrer vulnérable (friends) ou du poids de ceux qu'on soutient malgré leurs travers (blueprints). Bottle It célèbre pour sa part l'obstination de ceux qui acceptent de sacrifier beaucoup à ce qu'ils aiment. L'humanisme se niche moins dans le discours que dans la posture : le groupe se méfie de ceux qui dictent quoi penser, y compris de lui-même, et préfère rappeler que ce qui nous rapproche pèse plus lourd que ce qui nous divise.


Premier constat à l'écoute : tout est net. 

Enregistré dans le studio du batteur Richard Rayner, co-produit et mixé par Gene « Machine » Freeman, déjà aux manettes des deux derniers albums de Press To MECO, le disque offre des guitares massives sans bouillie, des refrains découpés au laser et des voix, chantées, scandées ou hurlées, toujours lisibles. Cette clarté tient à une méthode : le groupe affirme que chaque détail doit passer le filtre des quatre membres, ce qui explique en partie le temps pris pour arriver jusqu'ici. Les chœurs à quatre voix, avec Em Lodge en pivot harmonique, sont le fil rouge de l'ensemble.


Cette précision met en valeur la diversité des douze titres, qui piochent dans le pop-punk, le post-hardcore, le metalcore et même un soupçon de prog. Les influences sont assumées : l'ombre de Reuben plane partout, comme dans le titre kangareuben, clin d'œil assez transparent, et l'on retrouve cette façon de faire cohabiter le brut et le mélodique qui rappelle les débuts de Biffy Clyro. Trois titres (the garden, waste, smother) viennent de l'EP de 2024 et ont été retravaillés pour l'occasion, avec la nouvelle bassiste Em Lodge ; ils s'intègrent sans accroc au reste.

Une pochette de conte cauchemardesque

Signée Bethany Harvey, qui accompagne l'univers visuel du groupe depuis ses débuts, la pochette ressemble à un livre pour enfants qui aurait mal tourné. Au centre, une grosse sphère jaune à cornes de diable, moustache de cartoon et regard en coin, flotte au-dessus d'une porte en bois plantée seule dans une vallée de montagnes pâles. Autour, tout est trop coloré pour être rassurant : une hirondelle fend un ciel turquoise piqué de nuages dodus, une tête d'homme fait office de montgolfière, avec un agneau dans la nacelle, un œil serti de perles flotte comme un bijou ancien. Plus bas, un homme à la tête en flammes se tient dans l'herbe, une main rouge griffue et une main squelettique jaillissent d'une faille noire, un petit être bleu cornu s'éloigne avec son baluchon, tandis qu'un sablier et une carte de Joker gisent au sol.


Difficile de ne pas penser aux titres : les nuages et l'hirondelle évoquent clouds et swallow, le diable jaune peut faire écho à la dernière phrase du disque, et cette galerie de silhouettes en marge incarne bien les « unpeople ». On ne peut s'empêcher d'y voir aussi un clin d'œil à Orwell dans cet œil qui surveille, mais c'est une lecture personnelle. L'intention du groupe est plus simple : une image vive et amusante qui, de près, devient triste, à l'image d'une formation qui vit volontiers dans les entre-deux. Le contraste visuel prolonge celui du nom et de la musique.

Les titres qui font l'album

clouds ouvre le bal en jouant la mise en confiance : guitare acoustique, voix en avant, ambiance de ballade pop-rock, puis un riff post-hardcore qui arrive sans prévenir et fait basculer le morceau vers le metalcore. En quelques minutes, le groupe déploie toute sa palette : refrains à chanter, passages heavy, harmonies vocales, et même un blast beat. Le texte parle de ne pas se laisser dicter sa trajectoire par ce que les autres attendent de soi, et le groupe y voit lui-même le titre le plus représentatif de son identité.


bottle it est la grande réussite du disque, celle qui marque l'oreille d'emblée avec son riff d'intro. Refrain très pop, chant qui navigue entre punk, pop et hardcore : les variations déroutent, mais sans jamais lasser, du moins ici. Le morceau parle de ceux qui acceptent de sacrifier beaucoup pour ce qu'ils aiment, une sorte d'hommage optimiste à la persévérance. Le groupe le jouait sur scène avant même qu'il soit fini, et c'est par lui que chaque étape de l'enregistrement a commencé : cela s'entend, il respire l'assurance.


as you were referme l'album comme on clôt un concert de festival. Pensé pour les stades, avec ses chants scandés et fédérateurs, il cherche clairement à séduire le grand public, malgré un passage metal-hardcore au milieu qui rappelle d'où vient le groupe. Ce contraste fait partie de leur identité, et certains y entendent aussi du Queen et du Devin Townsend, preuve d'une ambition qui dépasse la simple formule.


swallow offre le premier grand virage, avec un passage presque parlé et une démarche plus agressive, et kangareuben cultive la déconnade avec ses riffs volontairement ridicules.

Mais au pays des nuages et des doux rêves fiévreux, tout n’est pas parfait. On sent par moments le premier album d’un groupe qui porte ses chansons préférées très hauts : les changements d’ambiance qui surprenaient sur les premiers titres finissent par devenir prévisibles, et la mécanique se devine avant qu’elle n’ait lieu.


blueprints, jolie ballade posée au cœur du disque, casse l’élan de cette dynamique ultra punchy installée jusqu’alors, surtout coincée entre bottle it et haunted, deux des morceaux les plus énergiques. Le groupe explique avoir voulu ce moment de respiration, et la demande du label de livrer une ballade n’y est sans doute pas étrangère. La chanson, bien que très bonne, n’en reste pas moins un frein au milieu de la course.


Enfin, malgré la force de ces changements de registres, il faut admettre qu’ils peuvent désorienter et donner au disque un côté montagnes russes : douceur et brutalité, lenteur et vitesse, chant scandé et cris purs, parfois plusieurs fois dans un même morceau. C’est une signature, mais aussi un risque de laisser certains auditeurs sur le bord de la route.


Ces réserves ne retirent rien à notre coup de cœur. we are unpeople est un premier album généreux, maîtrisé et sincère, porté par des musiciens qui ont fait un travail exceptionnel. Plusieurs de ces titres devraient figurer dans plus d'une playlist metal, punk ou pop avant la fin de l'année, et la tournée de 2027, déjà presque complète, laisse penser que le public a pris les devants. En retournant l'insulte pour en faire un cri de ralliement, unpeople signe non pas un disque sur l'effacement mais sur la présence : nous sommes là, et nous sommes nombreux.


Guillaume W
À propos de l'auteur

Guillaume W

Chroniqueur

Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.

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