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Frontierer
Ultraviolet Parasite
Le chaos construit

Chronique d’Ultraviolet Parasite, nouvel album de Frontierer : mathcore, IDM et rythmiques folles pour un disque exigeant qui va au bout de ses idées.

Guillaume W
Chroniqueur
Publié
Frontierer - Ultraviolet Parasite : Le chaos construit

23 octobre 2026 - Auto-produit

Le nouvel album de Frontierer pousse ses idées jusqu’au bout : plus abrasif, plus texturé, et d’une précision qui force le respect.


Quand je les ai rencontrés à Rock in Bourlon, les membres de Frontierer décrivaient leur musique comme du “sonic terror” : chaotique, bruyante, presque électrisante. Cinq ans après l’album Oxidized, et deux ans après l’EP The Skull Burned…, Ultraviolet Parasite confirme cette étiquette, mais montre surtout à quel point ce chaos est maîtrisé. À mes oreilles, c’est déjà le meilleur disque de leur discographie.

À l’écoute, tout semble hors de contrôle. Dans les faits, c’est l’inverse. Pedram Valiani m’expliquait composer et enregistrer en même temps, sans jamais passer par une partition, avant de retoucher sans cesse ce qu’il vient de poser. Chad Kapper ajoute ensuite sa part, en cherchant un point d’accroche dans la musique pour que le chant serve la cohérente incohérence du morceau. Le résultat est un disque où la précision l’emporte sur le désordre apparent.


Le groupe se décrit comme un Car Bomb modulé : des morceaux plus rapides, des coupures franches et une part importante d’électronique. Ultraviolet Parasite en est la démonstration la plus aboutie à ce jour : La musicalité reste présente et lisible malgré l’énergie et l’épaisseur des textures.

Une chose vient frapper à la première écoute : Les structures rythmiques sont tout simplement folles. Les signatures se plient, les tempos se brisent et se relancent, au point où l’on ne sait plus toujours si l’on vient d’assister à un changement de tempo ou une polyrythmie. Basse et batterie donnent alors un poids monumental, un socle stable sur lequel les guitares peuvent se permettre de déchirer le champ des possibles sans jamais perdre le fil.


Par dessus cet ensemble musical, le chant de Chad Kapper va, lui, chercher des sonorités et des notes impressionnantes pour le genre. Il reste le point d’ancrage de l’album, reliant les morceaux entre eux même quand le décor semble sans cesse changer autour de lui.


L’électronique fait partie de l’ADN de Frontierer depuis longtemps, mais l’IDM (Intelligent Dance Music) apporte ici une couleur inédite. Elle s'intègre pourtant si bien qu’on a l’impression qu’elle a toujours fait partie du paysage du groupe. Les parenthèses de Dystopian Fjord et Monotone Canteen semblent étrangement à leur place sans casser l’élan de l’album, mais creusant des contrastes rendant la brutalité d’autant plus… Brutale.

Sur Dystopian Fjord, le calme est d'ailleurs bien vite chassé par la tempête.


À d’autres endroits, comme sur Emerging Claustrophobic ou Precursor Sequel, la frontière entre guitares trafiquées, synthés et percussions “glitchées” devient presque impossible à tracer. Peu importe : l’effet reste le même, celui d’un mur de sons chaotique et addictif.

Dès la sortie, trois titres ont mérité que j’y revienne encore et encore : 

-Ions & Oxygen Rockets, avec Tony Wolsky de The Armed en invité, s’ouvre sur une intro minimaliste et sombre avant de partir au galop : l’électronique y paraît naturelle et les riffs se noient parfaitement dans l’ambiance sauvage du morceau.

-The Iodine Bath, plus lent que le reste, laisse enfin respirer les textures, et cette patience rend l’ensemble d’autant plus marquant pour atteindre un break lourd parfait pour nous satisfaire.



Mais c’est Terraforming Myself qui me laisse sans voix. Presque cinq minutes, le titre le plus long de l’album, et une vraie surprise : une montée lente vers un sommet mélodique, avec même du piano, là où l’on attendait une fin sur le même ton que le reste. Le mouton noir du disque en quelques sortes, et pourtant il en est la conclusion idéale avec ses arrangements complexes et ses voix superposées et claires. Je ne suis sans doute pas le seul à y voir l’un des plus beaux moments de l’année dans le genre. Il est tout simplement fou.


Verdict ? Ultraviolet Parasite n’est pas un disque à mettre entre toutes les oreilles. Il demande de la concentration, de l’attention, et ne se prête pas à l’écoute en fond : à peine quelques respirations pour 46 minutes, et il faut accepter d’être secoué tout du long. Mais pour qui accepte le défi, c’est un disque qui expérimente sans se perdre et qui va au bout de ses idées, avec une rythmique monstrueuse, un chant qui repousse ses limites et une électronique parfaitement intégrée.

Derrière ce tumulte, les textes dessinent trois obsessions : la manipulation et le conformisme, la solitude et la détresse intérieure, et le besoin de se transformer, de guérir quitte à ce que ça pique. La violence du son sert donc un propos sombre, mais qui laisse une porte ouverte vers la reconstruction.


A ma dernière question à Rock in Bourlon, sur un message à adresser à nos lecteurs dans un monde en piteux état, Pedram avait répondu par un “Fuck You” éclatant. Après ce disque, on comprend qu’il n’y avait effectivement rien à ajouter.

Guillaume W
À propos de l'auteur

Guillaume W

Chroniqueur

Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.

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