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Interview Frontierer
Rock in Bourlon 2026

Frontierer : le chaos comme méthode. Rencontre avec un groupe séparé par un océan entier.

Guillaume W
Chroniqueur
Publié
Interview Frontierer - Rock in Bourlon 2026

Déjà samedi sur le festival, et le thermomètre ne semble pas vouloir descendre : il s'obstine à nous faire vivre un enfer. L'enfer se déchaînera d'ailleurs plus tard, sous la forme d'un orage interrompant la journée de concerts pendant le passage de Bruit< sur scène. Mais en attendant, c'est une autre tempête qui se prépare en backstage, avec Frontierer.

C'est autour d'une table en plein soleil, de quatre verres d'eau à température ambiante et d'un dictaphone sur le point de surchauffer que Pedram (guitare), Chad (chant) et Iain (basse) acceptent de répondre à mes questions. L'occasion d'aborder leur rapport à la scène, et surtout l'existence d'un tel projet, dont les musiciens vivent séparés par un océan entier.

Guillaume : Votre musique est souvent décrite comme du « sonic terror ». Est-ce que la création de vos morceaux ressemble à cette appellation ? C'est chaotique, ou parfaitement calculé ?

Chad : C'est surprenant, mais c'est structuré.

Pedram : Je suis à la source des compositions, donc pour moi, c'est très structuré, même si je comprends que ça puisse sembler chaotique à l'écoute. Chad ajoute ensuite sa part avec le chant.

C : Je pense que la chose la plus importante reste la musique. J'essaie de rester dans une structure : je cherche un point de départ, et quand je ressens quelque chose, j'y intègre ma partie, tout en gardant la même ambiance pour que ça reste une chanson cohérente. C'est très structuré, mais ce n'est pas vraiment comme ça que ça commence.

Iain : On collabore tous ensemble, de plus en plus à chaque album. On essaie de faire de plus en plus de choses en commun : avoir des idées ensemble, écrire les chansons collectivement. Tout le monde commente ce que fait chacun, c'est très important d'avoir l'avis de tous, de savoir ce que chacun en pense. C'est un vrai travail de progression. Mais c'est agréable de travailler sur un morceau et de le terminer : quand on a la réaction de tout le groupe, c'est un peu comme avoir le premier retour de nos fans. On a trouvé notre façon de faire comme ça.

G : Quand une de vos compositions prend forme, avec des musiciens en Écosse et d'autres aux États-Unis, est-ce que vous écrivez sur partition, en tablature, ou est-ce que tout le monde travaille directement à l'oreille ?

P : Personnellement, je n'écris jamais ce que je joue, mais j'enregistre tout au fur et à mesure. Les chansons sont écrites et enregistrées en même temps.

G : Ça doit parfois être compliqué de travailler comme ça ?

P : En fait, c'est plus simple pour moi : quand je pense avoir fini une chanson et que je dois ajouter une partie, je change souvent plein de choses. Je la termine, et là je me dis : « c'est nul, il faut que je change ça. »

C : Et moi, je suis là à dire que j'aime vraiment ce morceau, désolé.

P : Mais c'est un système qui semble bien fonctionner pour nous, maintenant.

I : Oui, et il fonctionne très rapidement.

G : Vos titres ont de plus en plus tendance à être très longs « The Skull Burned Wearing Hell Like a Life Vest as the Night Wept », c'est interminable. C'est une façon de contrebalancer par l'humour le sérieux et la violence de vos titres ? Une forme de provocation ? Ou juste votre vision des choses ?

C : Tu m'obliges à réfléchir à ce qu'on a fait là ! Je ne sais même plus si on s'était mis d'accord pour fusionner nos titres en un seul nom. Je crois que j'avais écrit deux titres, et qu'avec les paroles des deux autres, j'en suis venu à créer une sorte d'histoire. Les quatre titres de cet EP sont liés entre eux. Et puis j'ai grandi dans les années 90 et 2000, une époque où les titres de chansons étaient longs, et j'ai toujours aimé ça. Avant, on n'avait jamais fait de titres aussi longs, même si j'en avais envie sur nos albums précédents. Maintenant que c'est fait, on peut même nommer des titres juste à partir de fragments de morceaux. Et au final, ça a plutôt bien fonctionné.

G : Et personne ne t'a jamais empêché de nommer les chansons comme ça ?

C : Parfois, je propose des noms à Pedram, et il choisit en me disant qu'il préfère tel ou tel titre. Parfois, il laisse tomber l'idée. C'est un peu amusant, parce que c'est un peu la même chose avec ce qu'il fait : je lui fais aussi mes recommandations, sans jamais chercher à contrarier son travail. Au final, c'est toujours une collaboration entre nous : une fois qu'une idée est validée, même si on met une autre idée de côté, c'est simplement que cette version-là était meilleure.

P : Mais j'ai peur que ça devienne compliqué, à terme.

I : Le dernier EP, c'était quatre chansons, dont chaque titre fait partie du nom de l'EP.

C : On a commencé avec deux titres seulement.

P : Oui, et j'avais l'impression que ce n'était pas suffisant.

C : On en a ajouté un troisième, et on s'est dit : pourquoi pas un quatrième, pour faire un vrai EP ? Et je pense que ça a marché, autant en termes de son que de titres.

G : Beaucoup de gens n'ont jamais entendu parler de Frontierer. Si vous deviez expliquer votre musique, que diriez-vous ?

I : Oh putain... Chaotique. Oui, « sonic terror », c'est finalement la bonne description, je pense. C'est juste lourd, et... ouais, en fait, je ne sais pas.

C : C'est juste chaotique, ça ressemble presque à se faire électrocuter.

G : Avec des sonorités qui rappellent Car Bomb, en effet ?

C : Oui, si les gens connaissent des groupes comme Car Bomb, on peut dire que ça y ressemble un peu, même si on en est encore loin.

I : Bruyant et abrasif.

C : Un mélange de Car Bomb et Meshuggah, oui, un peu comme ça.

G : Il y a des groupes qu'on n'arrive pas vraiment à décrire, et avec cette chaleur, c'est encore plus compliqué d'y réfléchir (rires). Quand j'écoute vos titres, j'entends beaucoup de Meshuggah et de The Dillinger Escape Plan. Est-ce que ce sont vos influences, ou est-ce que c'est autre chose ?

P : En gros, je prends les meilleurs éléments des groupes que j'aime et je les mélange ensemble. Toutes les influences passent par mon propre filtre. Mais évidemment, tout est retravaillé pour que ça ne ressemble pas directement à eux. Je pense qu'on entend l'influence, mais ce ne sont pas des copies de leurs morceaux.

G : Les sons de glitch, un peu comme chez Car Bomb, justement ?

P : Je dirais qu'ils n'utilisent pas les glitchs comme nous. J'ai l'impression qu'on ne cherche pas du tout la subtilité, délibérément. Leur son a une texture différente, et leur façon de faire aussi. On reste deux groupes assez différents.

C : Oui, c'est un peu ça. Leurs chansons suivent un motif précis qu'ils adaptent à leurs coupures de son. C'est leur façon à eux de faire.

I : On est un peu une version plus modulée de leur son, je dirais.

C : Un Car Bomb modulé. On fait des morceaux plus rapides, avec de grosses coupures nettes, alors qu'eux jouent davantage sur les ralentissements, les textures et les fréquences. Il y a aussi une grande part d'électronique là-dedans.

G : J'ai hâte de voir ça sur scène. Est-ce qu'il y a une limite au côté « extrême » de vos titres ? Un moment où vous vous dites : « là, c'est trop, même pour nous » ?

I : C'est même tout l'inverse ! Attendez d'entendre le prochain single !

Le hasard fait que depuis l'interview le single en question est sorti, alors enjoy !

C : Je pense qu'on fait ça un peu comme ça vient. Et puis, à la fin, on regarde ce qu'on a fait et on rigole en se disant : « Oh putain, c'est n'importe quoi. »

I : C'est presque ridicule.

C : Ça peut arriver sur un single, en général, c'est ce genre de réaction... Je pense que niveau musique, vous, vous avez une limite (se tourne vers Pedram et Iain), parce qu'à un moment, vous devez vous dire : « bon, maintenant, il va falloir jouer ça sur scène. » Ce qui doit être difficile.

I : Je pense que notre plus grande limite, c'est de se demander : « est-ce qu'on peut vraiment rejouer ça en vrai ? »

G : À ce propos, comment gérez-vous les versions live de vos morceaux ?

P : Ce qu'on joue en concert n'a souvent pas grand-chose à voir avec la version album, on retravaille beaucoup de parties, il y a davantage de création musicale. Parfois, ce qu'on joue ne correspond pas du tout au rendu de l'album. Pour notre prochain album, on essaie justement de rapprocher le son scène du rendu studio.

I : Mais pas juste pour le principe... C'est surtout important pour nous de faire ressentir une énergie différente en live.

G : Comme deux expériences distinctes ?

I : Exactement, deux expériences différentes. Si on ne peut pas rendre la même intensité physique sur l'enregistrement, le live doit compenser cette sensation.

G : Jouer à Rock in Bourlon doit être assez différent de vos concerts habituels. Comment vous adaptez-vous ? Cherchez-vous une réaction précise du public ?

C : Oui, je pense qu'on essaie de ne pas trop se soucier des différences de taille entre les festivals. On ne sait jamais vraiment comment le public va réagir, même si, jusqu'ici, on a toujours eu de bons retours. Mais je pense que ça peut prendre du temps : du début du set jusqu'aux derniers instants, il y a toujours des publics différents. Si le public se lâche à un moment donné, c'est qu'il a compris ce qu'on fait. Parfois, ça passe par les lumières, quand on joue de nuit, c'est très stimulant pour les sens, et ça s'ajoute au chaos sonore. Mais pour gagner un public, il faut aussi qu'on se donne à fond ; sinon, tout peut nous échapper. Je pense que c'est vrai pour la plupart des festivals.

P : De mon côté, j'essaie toujours de jouer le plus fort possible.

G : La distance entre vous doit être compliquée à gérer pour les tournées et les répétitions. Comment vous organisez-vous, sur la logistique comme sur vos relations, en tournée et en dehors ?

C (se retourne pour montrer Dan Stevenson et Luke Coursey, qui passent derrière nous) : C'est clairement le fait qu'on s'entende tous très bien, mais Dan, notre second guitariste, s'assure aussi de rester le ciment du groupe. Parfois, on doit prendre des semaines de pause où certains doivent traverser la moitié du monde juste pour passer un peu de temps chez eux, ce n'est pas toujours facile pour le moral, ni pour la fatigue, parce que ces jours de repos semblent parfois plus épuisants que de continuer à jouer avec les copains.

I : Il y a aussi un truc cool : on se répartit plutôt bien les tâches, et on a vraiment envie d'être là, ce qui fait qu'on retravaille beaucoup les morceaux quand on en a l'occasion.

C : Oui, je dirais qu'on arrive à bien s'entendre, et que quand il y a des moments de fatigue, Dan est toujours là pour nous remonter le moral.

G  : Dernière question, un peu moins légère : le monde semble être dans un état assez lamentable en ce moment. Avez-vous un message à adresser à nos auditeurs ?

P : Eh bien... « Fuck you. »

(rire général)

Dans l'ordre : Chad, Pedram, Iain, Dan, Luke, la foule en délire et Chad dans le public

Photos par le gouleyant Gauvain Gaggini

Guillaume W
À propos de l'auteur

Guillaume W

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Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.

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