Interview Bloody Tyrant - Français

Interview Bloody Tyrant - Français

Interviews 16 Juin 2020

Lors du Cernunnos Pagan Fest, j’ai eu l’occasion de discuter avec le groupe taiwanais Bloody Tyrant. Malgré les mauvaises conditions d’interview, ça a été très intéressant et je suis certain que vous apprendrez des choses en la lisant !
Pour plus de fidélité, vous pouvez lire l'interview dans la langue originale (anglais) ici: Interview Bloody Tyrant - English


Radio Metal Sound : Tout d’abord, j’ai lu une interview dans laquelle vous disiez qu’à vos débuts, vous faisiez du « True Black Metal » tandis que maintenant c’est toujours du Black Metal mais avec des agrémentations atmosphériques et traditionnelles donc j’aimerais savoir comment vous avez pris ce tournant.

Bloody Tyrant : Un jour, je me suis dit que je voulais ajouter quelque chose de spécial, quelque chose de plus natif à notre Black Metal. Quand j’ai commencé à apprendre la musique, j’ai appris la musique traditionnelle chinoise comme la musique taiwanaise en est beaucoup influencée, donc j’ai ajouté un instrument que l’on appelle pipa dans notre album. Et comme nous sommes des nerds de musique qui pratiquons nos instruments et de la musique assistée par ordinateur tous les jours, nous avons ajouté plusieurs pistes et nous voilà arrivés là.

Radio Metal Sound : Vous venez de parler de la musique taiwanaise et c’est votre spécificité comme groupe mais c’est aussi votre identité culturelle. Ça rejoint une autre question qui est de savoir s’il y a de la politique dans vos chansons

Bloody Tyrant : Taiwan a une situation spéciale… Si tu prends ton iPhone et que tu tapes Taiwan, le drapeau n’est pas le bon, l’emoji est celui de la République de Chine. Tous les groupes taiwanais essayent d’exprimer ce concept d’indépendance taiwanaise.
Dans nos premiers albums, on peut trouver notre engagement politique, particulièrement dans nos paroles – qui ont été écrites en mandarin mais que quelqu’un a traduites en anglais, on peut les trouver sur internet. Il y a beaucoup de messages politiques dans nos paroles. Comme nous venons de le dire, la situation politique de Taiwan est très compliquée et notre rapport avec la Chine est tendu à cause de problèmes historiques et politiques. La Chine a toujours revendiqué Taiwan comme une partie de son territoire mais c’est étrange car nous avons notre propre gouvernement, notre propre terre, notre propre armée, notre propre peuple, notre propre système électoral… Pourquoi en ferions-nous donc partie ? Lors de cette tournée européenne, nous essaierons de donner le bon message aux gens, peu importe d’où ils viennent : nous sommes de Taiwan et c’est un pays indépendant.
Quelque chose d’intéressant avec nos passeports est qu’il n’y est pas mis « Taiwan » mais « République de Chine ». C’est une erreur parce que l’ancienne armée chinoise a perdu une guerre et s’est retirée à Taiwan. Désormais, la première chose que fait la République de Chine est tirer sur les Taiwanais. Beaucoup de Taiwanais essayent de corriger ça, essayent de dire « nous ne sommes pas dans la République de Chine, nous sommes Taiwan ».
Pendant la guerre, il y avait la République de Chine et la République populaire de Chine (PRC) et même si la République de Chine a perdu, elle prétend être la vraie Chine tandis que l’autre aussi. Donc quelle est la vraie Chine ?
Dans les années 50, notre président a décidé de nous sortir des Nations unies. Il l’a fait parce que la PRC voulait rentrer dans l’ONU et qu’il a dit « Si elle rentre, on sort », c’est pour ça que la République de Chine est considérée comme la vraie Chine dans la société de nos jours.
En tant que Taiwanais, nous avons notre propre culture, notre propre langage – bien qu’il ait son origine dans le mandarin – donc nous devrions être indépendants. D’autant que pendant la Deuxième Guerre mondiale, le Japon a envahi Taiwan mais quand le Japon a été vaincu, il s’est retiré. Taiwan a alors eu 50 jours sans gouvernement et était indépendant, mais avant que Taiwan revendique cette indépendance, le KMT (Kouo-Min-Tang, Parti Nationaliste chinois) est venu et a massacré tout le monde. Ils ont mis en place des lois martiales pendant 40 ans et la culture a disparu car des grands Taiwanais ont été tués. Ça a beaucoup influencé la scène taiwanaise et toutes les sous-cultures en sont marquées

RMS : Est-ce que ça veut dire que l’esprit rebelle dans votre Black Metal vient de là ?

BT : Oui, exactement !

RMS : Maintenant que nous avons vu l’aspect politique, j’aimerais que nous entamions la question de la composition et plus particulièrement des paroles. Vous avez beaucoup écrit sur la mythologie mais j’ai l’impression que cette tendance a diminué dans votre dernier album en faveur d’une approche historique sur la question des valeurs. Est-ce bien le cas ?

BT : Taiwan a une relation proche avec le Japon et Hakagure a été un tournant radical pour nous car c’est totalement un album de Folk Metal. Je suis fan de la culture japonaise donc j’ai décidé d’écrire quelque chose sur le concept de mort chez les samouraïs parce que Taiwan a toujours une relation proche avec le Japon comme c’était une province japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale.

RMS : Pour continuer sur la mythologie, comment avez-vous reçu la mythologie européenne à l’époque et comment essayez-vous d’incorporer la vôtre dans votre musique ? 

BT : Pour notre prochain album, nous avons collecté beaucoup de mythologie taiwanaise (chez nos indigènes…) puis nous allons composer. En tant qu’Européens, vous pouvez entendre votre mythologie quand vous êtes petits, c’est peut-être même votre conte du soir, mais à Taiwan ça n’existe pas. Il y a une mythologie taiwanaise mais les gens ne la connaissent pas car le KMT a détruit notre culture locale. Ça devrait être le conte du soir de chaque enfant, comme chez vous ! Nous espérons faire passer ce message aux Taiwanais, nous avons notre propre mythologie qui vient de nos ancêtres et qui n’est pas ce que dit le KMT.

RMS : Une dernière question : qu’est-ce que vous prévoyez pour le futur de Bloody Tyrant ? Vous avez parlé d’un prochain album, y a-t-il quelque chose de plus ?

BT : Nous essayons de ne pas poursuivre quelque chose, on fait seulement ce qu’on aime. Beaucoup de groupes de Metal taiwanais sont morts et on pense que c’est parce qu’ils visaient quelque chose. La scène Metal de Taiwan est horrible, il y a moins de 20 groupes donc en concert on a genre 20 personnes et ça a terni la passion de certains groupes. Nous pensons que nous pouvons continuer ce que nous faisons parce que nous n’avons pas de but précis, on fait ça parce qu’on aime faire de la musique, on fait juste ce qu’on aime

RMS : Mais si la scène de Taiwan est petite, n’êtes-vous pas une sorte d’exception avec cette tournée européenne ?

BT : Non, pas vraiment

RMS : Alors comment expliquez-vous cette popularité de la scène taiwanaise en-dehors du pays ?

BT : C’est notre première fois ici donc on ne savait pas à quoi s’attendre. Nous avons eu deux concerts en tête d’affiche lors de cette tournée européenne et comme on n’est plutôt pas connu en Europe, on pensait que ce serait mauvais mais finalement pas du tout, c’est bien au-delà de nos attentes ! On n’arrive donc pas à répondre à cette question du succès !

 

Un grand merci à eux et bien du courage pour faire passer leur message, d’autant que le Black Metal est peu ouvert à ce genre de revendications !

A propos de Baptiste

Être ou ne pas être trve ? Baptiste vous en parlera, des jours et des jours. Jusqu'à ce que vous en mourriez d'ennui. C'est une mort lente... Lente et douloureuse... Mais c'est ce qu'aime Baptiste ! L'effet est fortement réduit face à une population de blackeux.