Messa - The Spin

Messa - The Spin

Chroniques 23 Février 2026

Après le très bon Close, le groupe de Doom italien Messa revient avec The Spin, un album qui a la lourde tâche de prendre le flambeau d’un disque qui avait déjà été acclamé par la critique. Sera-t-il à la hauteur de son prédécesseur ?

“Void Meridian” nous introduit à l’album aussi progressivement qu’on aurait pu le souhaiter : ce sample, calme d’abord puis qui accélère, nous met assez vite dans la dynamique du morceau et semble entraîner avec lui les instruments qui viennent peu à peu. On notera déjà la qualité du mix puisque toutes les parties sont bien audibles, y compris la basse, ce qui est important dans le Doom. La voix, quant à elle se taille la part du lion en se faisant remarquer d’emblée, avec la réverbération qui lui donne de l’ampleur et lui permet de ne pas être étouffée par les instruments qui disposent du même effet ainsi que de saturation. 

On comprend assez vite pourquoi ce morceau a été choisi comme introduction à l’album : avec son tempo médium, il n’est pas frénétique mais assez rapide pour nous prendre à son jeu et la basse en croches nous donne un repère auquel s’accrocher tout du long. Peut-être est-ce en hommage aux années 80s et au Post-Punk qui y a prospéré que la basse est si présente mais c’est un leitmotiv que nous retrouverons tout au long de l’album. Mon seul regret dans cet album est la présence si tôt d’un solo de guitare qui brise l’immersion que le morceau a créé et le travail d’ambiance entamé par The Spin

On renoue avec les atmosphères de l’album précédent avec “At Races” dont les influences Southern Rock rappellent Close. Cela permet de bien saisir le groove du morceau, porté là encore par la basse, si bien que la guitare ne semble venir qu’en agrément pour ajouter un peu de tension. Cette tension vient aussi du chant, qui est assez souvent harmonisé, ce qui fait que la ligne mélodique semble, pour ainsi dire, “floutée”. 

Enfin, quand le groove s’arrête, c’est pour un retour à un Doom plus “classique” qui ajoute certes de la lourdeur au morceau mais qui ne le rend pas étouffant pour autant. Ces passages Doom sont bien exploités comme des moments de transition et de pause pour travailler l’ambiance du morceau, comme des moments contemplatifs qui nous laissent le temps de souffler.

 

Ces éléments de Rock américain continuent sur “Fire on the Roof”, mais s’y ajoute le synthétiseur qu’on a entendu en début d’album. Le morceau reprend tous les codes de The Spin, avec un accent sur les contrastes entre des passages épurés et le lourd refrain “Fire on the Roof” chanté en aigu par Sara Bianchin, ce qui lui offre de bien trancher dans la saturation de la guitare et de la basse. On entend également sa voix de tête qui lui permet d’aller chercher des notes plus hautes.

 

Mais le morceau qui met peut-être le plus en avant ce chant est “Immolation”, morceau de transition pour ce milieu d’album puisqu’il se fait au piano et au chant. Avec le clavier en arpèges et de belles progressions vocales, ce quatrième moment est sans aucun doute le plus lyrique de tout l’album. On constate aussi la capacité de Sara d’alterner entre une voix sombre et une autre plus lumineuse. Il en ressort toujours une certaine chaleur grâce au grain du morceau qui n’est pas sans rappeler les vinyles que l’album met volontairement en avant. Ceux-ci sont un symbole des années 80s auxquelles l’album rend hommage, par son titre mais aussi par les influences qu’il disperse tout au long de ses pistes.

 

Ce n’est pas “The Dress” qui prouverait le contraire : à tous ces tropes, le morceau ajoute un magnifique solo de trompette qui rappelle le Jazz sombre des années 80s. Mais on n’est pas non plus dans le pur rétro, puisque de ce solo naissent des blastbeats et une ambiance bien plus fournie qui montre que Messa a encore un pied dans le Metal extrême. Mais surtout, contrairement à “Thicher Blood”, ce solo n’est pas kitch parce que l’album a eu le temps de développer ses atmosphères et que le solo mène quelque part, il n’est pas gratuit dans l’économie du morceau. 

Ces influences Metal restent présentes dans “Reveal” qui, passé son intro’ chaotique, retrouve le chemin du Metal grâce aux guitares saturées et aux blastbeats. Le morceau demeure, dans l’ensemble, semblable au reste de l’album, à l’exception de son solo de fin qui reprend la guitare chaotique du début - ce qui, très sincèrement, ne me convainc pas. 

 

Fort heureusement, c’est le très bon “Thicker Blood” qui vient clore The Spin. Très bon car il apporte une nouvelle influence des années 80s : la musique gothique et ses nappes de synthétiseur qui durent une éternité, avec un léger vibrato. Ce clavier sert à l’ambiance en déployant ses nappes assez chaudes pour une ambiance assez feutrée. Et comme dans “The Dress”, cela se marie bien à la basse saturée et aux murs de son que les instruments sont capables de créer. 

Avec presque 9 minutes, “Thicker Blood” est le morceau le plus long de l’album, et c’est une très bonne chose car Messa y prend le temps de bien finir l’album en ramassant tout ce que l’album réussit : le travail d’atmosphère, les influences 80s, le chant harmonisé, le Metal extrême - et ce jusque dans la voix de Sara que l’on entend enfin en chant saturé ! Sur une période plus courte, ces éléments auraient semblé un peu injustifiés, mais la possibilité de développer les atmosphères de créer des tensions et de les résoudre permet d’éviter un aspect “patchwork” et de passer d’une ambiance à une autre de manière assez fluide. 

Mon seul regret sur ce morceau est sa fin en fade out au tempo ralenti, que je trouve un peu paresseuse (encore que ! c’était monnaie courante dans les années quatre-vingt), mais qui est à mes yeux une opportunité manquée de boucler sur le sample d’introduction de l’album. À la fois pour rendre hommage aux albums concepts qui ont pullulé dans les années 80s mais aussi en hommage à l’ouroboros qui orne la pochette de The Spin

Mais si je me permets de pointer ces petits impairs, c’est parce que l’album n’en a pas de gros. C’est un très bon album, et sans doute le meilleur de Messa à ce jour. Tous•tes les musicien•ne•s sont présent•e•s au premier plan à un moment ou un autre, notamment grâce à ce mix réalisé avec brio et que dire de la voix de Sara Bianchin qui porte l’album du début jusqu’à la fin. On ne s’ennuie pas non plus grâce aux spécificités de chaque morceau et grâce aux innovations qui sont apportées dans chaque piste sans pour autant rompre les constructions d’ambiances. 

A propos de Baptiste

Être ou ne pas être trve ? Baptiste vous en parlera, des jours et des jours. Jusqu'à ce que vous en mourriez d'ennui. C'est une mort lente... Lente et douloureuse... Mais c'est ce qu'aime Baptiste ! L'effet est fortement réduit face à une population de blackeux.