Am I In Troubles? - Spectrum
Chroniques
1 Avril 2026
Drôle de pochette et drôle de nom qu’Am I in Troubles?, surtout pour un musicien qui nous a habitué•e•s à des projets plus déprimants. Nous serons également surpris•e•s en regardant les musiciens de l’album, car si le projet est tenu par le seul Steve Wiener, quasiment tous les morceaux sont des collaborations, ce qui n’est pas usuel. Spectrum se présente ainsi comme un album plein de surprises, reste à savoir lesquelles.
"Yellow”, le morceau d’ouverture est plutôt court et instrumental. On y retrouvera seulement de la guitare ainsi que de la flûte, jouée par Ember Belladona, ce qui va donner une ambiance très bucolique à ce début d’album.
Mais passé cette introduction, “White” se révèle plus ambitieux car si la guitare et la flûte continuent leur duo, la guitare entame quant à elle un crescendo qui permet de bien nous préparer à l’arrivée de la distorsion et de la batterie. On est déjà un peu plus dans le Metal, et ce palier est atteint par l’émergence progressive de sonorités Blackgaze qui viennent couvrir l’espace sonore. Autrefois occupé par des airs légers, le morceau continue de leur laisser une place au travers de guitare sèche et de chants clairs mêlés, mais ceux-ci ne seront plus jamais proéminents, ils se développeront toujours sur une toile de saturation.
C’est toujours dans cette logique de contraste entre des passages clairs et d’autres saturés que le chant Black va émerger. Malgré son timbre râpeux et sa maîtrise toute relative, il apporte vraiment du coffre au morceau et va être mis en avant sans occulter pour autant les chœurs en fond qui nous rappellent à l’ingénuité initiale.
On pourrait croire la retrouver avec “Pink” et son ouverture à la harpe. Mais la rupture est nette et irréversible avec le surgissement d’un passage Black assez froid et aigu et toujours cette voix grésillante. La guitare est pleine de saturation et se mêle bien aux chœurs, à la harpe et au chant clair en leur donnant un support acoustique. Malgré son titre, c’est bien le Metal Noir qui est mis en avant sur ce morceau, à tel point que l’outro est quasiment entièrement composée d’une longue période de saturation qui donnerait une transition presque Noise vers le morceau suivant.
À savoir “Red”, qui continue dans la lancée avec un thème Black dissonant. Mais, on remarquera immédiatement la différence de qualité sonore, ce morceau-ci semble en-deçà avec une batterie trop présente et une voix qui a beaucoup trop de réverbération. On retrouve la démarche de l’album dans sa volonté de lier des passages de Folk romantiques au Black Metal, mais la liaison ne fonctionne pas ici, le morceau semble composé de deux parties juxtaposées avec un solo de batterie qui fait plus “prétexte” que pont.
“Blue” corrige le tir avec une structure plus carrée et des influences Thrash Metal explicites, de l’introduction au shred un peu flottant. Dans sa volonté d’être un morceau plus “épique”, “Blue” reste assez simple à suivre et ne tombe pas dans les écueils de son prédécesseur, mais - sans que le morceau ne soit mauvais - je ne m’explique pas sa présence dans l’album, on ne voit pas où est passée la démarche entamée au début de Spectrum.
D’autant que, bien que “Black” continue dans cette lancée lors de son introduction, ce sixième titre revient assez vite à des passages plus calmes comme on a pu en avoir au début de l’album. On retrouve également le chant guttural mêlé au clair, là encore comme ce à quoi le projet nous a habitué•e•s. Les chants sont bien mis en avant, quelle que soit leur tessiture, d’autant qu’on en découvre une nouvelle car la fin tranquille à la basse et aux claviers nous prépare au chant clair d’Axel Roach qui clôt ce morceau.
Et c’est même l’album qui se termine, car avec “Green” on retrouve la guitare et la flûte d’Ember Belladona dans une ambiance pastorale en guise d’outro.
La pochette de l’album ne ment pas, celui-ci est bigarré. Bien entendu, le mélange de genre est volontaire, mais il aurait pu être réalisé avec plus de dextérité. Cependant, cela confère à Spectrum une certaine naïveté qui colle à son univers : qu’il s’agisse du nom du groupe, de la pochette, du chant ou des atmosphères, tout semble baigner dans une certaine innocence à laquelle nous ne sommes pas habitué•e•s dans la scène Black Metal.
A propos de Baptiste
Être ou ne pas être trve ? Baptiste vous en parlera, des jours et des jours. Jusqu'à ce que vous en mourriez d'ennui. C'est une mort lente... Lente et douloureuse... Mais c'est ce qu'aime Baptiste ! L'effet est fortement réduit face à une population de blackeux.