Rivers of Nihil - Rivers of Nihil

Rivers of Nihil - Rivers of Nihil

Chroniques 8 Avril 2026

Quatre ans après “The Work” (leur dernier “vrai” album) et avec le départ de Jake Dieffenbach au chant, on aurait pu croire que Rivers of Nihil aurait du mal à se renouveler. Ça n’a jamais été aussi moins vrai, et la décision de nommer cet album au nom du groupe, Rivers of Nihil, témoigne de l’assurance du quatuor dans sa capacité à créer un disque digne de ce nom malgré ses contraintes.

“The Sub Orbital Blues” est sans aucun doute un beau morceau d’ouverture. Si vous aviez des craintes quant à la place du chant dans cet album, soyez rassuré•e•s : qu’il s’agisse du chant clair ou du chant guttural qui arrive au cours du morceau, les deux sont assurés avec brio. La composition fait elle aussi gage de qualité car elle s’articule autour d’un thème, chantonné en ouverture, et que l’on va retrouver tout au long du morceau, que ce soit en mélodie à la guitare ou plus discrètement à la basse. C’est la batterie qui va avoir une place plus “secondaire” par des rythmiques assez carrées qui permettent de structure le morceau, tout en sachant mettre ou enlever de l’intensité selon les passages Death Metal ou les autres plus lyriques.

“Dustman” approfondira les éléments Death Metal avec une introduction plus grave, menée par la double-pédale et le palm mute. S’ensuivront logiquement des blastbeats et un Death Metal rigoureux, riffé et agressif. Ce deuxième titre semble prendre le contrepied de son prédécesseur, car le chant clair n’y vient qu’en agrément, ici c’est le growl qui est mis en avant. Son équivalent instrumental, la basse, va, elle aussi, être sur le devant de la scène avec des parties très impressionnantes qui sont un élément essentiel de la mélodie de ce morceau. On retrouve moins la dimension “Death mélodique” malgré quelques claviers en fond qui viennent apporter un peu d’ambiance, pour preuve : le chant clair n’arrive que vers le dernier tiers du morceau, et une fin abrupte nous mène au morceau.

 

Ce troisième morceau, c’est “Criminals”. Fidèle à sa place dans l’album, il se compose en ternaire et - preuve supplémentaire de la diversité des voix - on y découvre un nouveau timbre, plus aigu et rauque, proche du Black Metal. Ce chant se retrouvera tout au long du morceau, notamment à la fin où un passage en trémolo l’introduit à merveille accompagné de blastbeats. Un peu plus tôt, vers la moitié du morceau, une nouvelle voix fait également son apparition, un chant chuchoté cette fois-ci. Nul doute que cette diversité de chants est intéressante, et elle nous rappellerait presque Between the Buried and Me. D’autant que “Criminals”, avec ses passages au banjo et ses solos de batterie, de guitare et ses accents à la basse présente une structure relativement décousue qui pourrait nous rappeler le quatuor susnommé.

 

On retourne à des morceaux plus classiques avec “Despair Church”, qui est principalement mené par les guitares et les toms de la batterie. Cela permet à la fois de donner une profondeur de son, sans les textures tranchantes des cymbales, mais aussi de créer un sentiment de boucle grâce au motif qui se répète sans cesse. Contrairement au morceau précédent, on ne se perd pas dans la diversité, c’est la répétition “simple” et brève, sans ostinato, qui est recherchée pour brouiller nos repères. Même les voix sont là pour nous perdre car celles-ci sont mêlées, donnant une impression de choeur qui rejoint le titre du morceau mais créant également un lien avec la texture sonore du saxophone, qui mêle bois et cuivre et qui se rapproche de la voix humaine.

Ce saxophone, on le retrouve sur “Water & Time” qui est le morceau de transition entre la première et la seconde partie de l’album. Après une première moitié réalisée avec brio, ce cinquième titre nous offre un répit bien mérité grâce à son introduction electro assez tranquille. Ensuite, les riffs tenus à la croche, la batterie qui résonne et le chant clair continuent de nous ménager jusqu’au pont joué au saxophone qui rapporte le chant guttural. Même le solo en tapping n’est pas trop rapide et n’en est que meilleur, particulièrement grâce à son harmonisation qui crée de la tension sans rompre l’accent mélodique du morceau. 

 

Parce que ce saxophone, on l’a deviné sur “The Sub Orbital Blues” et il ne nous a plus quitté depuis, présent sur quasiment tous les morceaux de l’album. “House of Lights” n’y fait pas exception, puisque dès le début c’est cet instrument accompagné des claviers qui est mis en avant. Pour des instruments que l’on catégoriserait généralement comme plutôt lyriques, l’atmosphère est pourtant lourde, chargée par la saturation, le growl et les charlestons ouverts. Cela n’empêchera pas le morceau d’avoir des transitions assez fluides vers des passages plus lumineux, en chant clair, qui eux aussi bouclent bien avec ceux, initiaux, en growl. 

 

Le morceau suivant, “Evidence” démarre à l’inverse avec une introduction abrupte, qui ne nous laisse pas le temps de nous préparer et qui nous assaille sans sommations de growl sur un tempo rapide. C’est pour l’instant le morceau le plus agressif de l’album, grâce à son palm mute et à ses nombreuses dissonances. S’adressant de toute évidence aux amateurs de Black Metal strict et hargneux, on ne comprendra pas vraiment l’utilité d’une fin en fade-out pour un morceau qui semble se prêter plus qu’aucun autre à une fin nette et tranchée.

 

Une fois ce pic passé, “American Death” retourne à des compositions plus proches du début de l’album avec un sample d’introduction et des riffs moins frénétiques accompagnés de la double pédale et un chant clair plus présent. C’est cette fois le synthétiseur qui énoncera le riff, ce qui est intéressant car les notes sont moins nettes qu’à la guitare. Les cordes reprendront d’ailleurs cette même logique lors du solo auquel se mêle la réverbération qui vient elle aussi mélanger les notes.

Dans cette même dynamique, “The Logical Death” s’offrira une introduction plus posée et menée par les claviers, dans un travail d’ambiance qui colle au premier tiers de Rivers of Nihil. Le morceau étant plus calme, il aurait très bien pu sceller l’album, alors pourquoi avoir ajouté un ultime morceau éponyme, “Rivers of Nihil” ? D’autant que celui-ci est plus court que les autres et a une structure différente car il est composé de deux parties bien distinctes : une assez minimaliste, avec des guitares peu présentes, dirigée vers le travail d’atmosphère ; et l’autre qui réintroduit le growl pour clore cet album. 

 

Ce morceau est bon, comme tous les autres, cependant je pense qu’il aurait plus eu sa place au deuxième tiers de l’album - pour y introduire un peu de variété - qu’en fin ; et cela aurait laissé « American Death » clore l’album.

Malgré cela, Rivers of Nihil est un excellent album, qui plaira à la fois aux amateur•ice•s de Death technique et à celles et ceux en quête de mélodie. Car la diversité des chants et des instruments signifie une multiplication des possibilités lyriques, et celles-ci se mêlent très bien sans avoir ce côté “fourre-tout” qui peut déplaire chez d’autres groupes. Ici, tous les instruments sont mis en avant, et tous les types de chants.

A propos de Baptiste

Être ou ne pas être trve ? Baptiste vous en parlera, des jours et des jours. Jusqu'à ce que vous en mourriez d'ennui. C'est une mort lente... Lente et douloureuse... Mais c'est ce qu'aime Baptiste ! L'effet est fortement réduit face à une population de blackeux.