Fallujah - Xenotaph

Fallujah - Xenotaph

Chroniques 15 Avril 2026

Tous les 3 ans, Fallujah nous sort un album : Dreamless en 2016, Undying Light en, 2019, Empyrean en 2022 et voici Xenotaph en 2025. Le groupe s’est désormais fait un nom dans la scène Tech Death et est attendu en cette année où de nombreux mastodontes du genre dévoilent leurs nouveaux titres.

Passé l’introduction ambiante à la guitare et au piano, “In Stars We Drown” dévoile un morceau où tout est harmonisé, des guitares au chant clair. Pour les guitares, cela n’est pas surprenant, on retrouvait déjà cela dans les albums précédents. Le chant, en revanche, a une tout autre tournure avec Kyle Schaeffer puisqu’il se sert beaucoup plus de chant clair que son prédécesseur, Alex Hofmann. Cela ne l’empêche pas d’avoir également du chant guttural, que ce soit du growl ou un chant plus aigu qui tirerait vers le Black Metal, mais les ambiances sont nettement moins sombres qu’auparavant. 

 

Ce n’est pas “Kaleodoscopic Waves” qui prouvera le contraire car après son départ assez rapide avec des riffs en arpèges, dont le groupe est friand, un passage plus léger avec pas mal d’harmoniques à la guitare vient apporter de la profondeur. Cette fois-ci, il est accompagné d’une partie de basse qui vient apporter de la rondeur et de la structure au passage, qui pourrait autrement être un peu hachée. C’est d’ailleurs une des signatures de Fallujah, et un héritage très clair de la scène Technical Death Metal, que d’avoir ces riffs assez saccadés, avec un son brillant pour que l’on entende bien les notes et les patterns mélodiques.

Alors certes, “Labyrinth of Stones” démarre plus lourdement, sans cesdits “arpèges brillants”, dans un départ plus lent et lourd, mais cela révèle un autre trope du Death technique : la structure change régulièrement, et peut-être trop. Il y a certes un pont au piano qui vient unir les deux moitiés du morceau, mais le growl, le chant clair, le chant Black, les passages atmosphériques, les passages ambiants, etc., tout cela semble nous assaillir sans nous laisser de répit. Or, on aimerait se poser car malgré la durée du morceau - plus de six minutes - aucun passage ne dure vraiment pour qu’on s’y attarde et que l’on en profite.

 

Le tir est corrigé sur “The Crystalline Veil” car, s’il a la même durée que son prédécesseur, sa structure est plus progressive avec une introduction qui est bien tenue avant un thème Death Metal plus classique. Le passage d’une partie à une autre semble plus justifié par la progression du morceau, qu’il s’agisse du pont qui annonce le refrain ou avec des rappels comme la translation du growl au chant clair ou la reprise du thème du morceau au piano. Cela nous donne des éléments auxquels se rapporter pour comparer l’évolution du morceau et comprendre plus facilement sa logique interne.

 

Avec “Step Through the Portal and Breathe”, on s’attend à retrouver une progression similaire : fort de quasiment sept minutes, le morceau semble se laisser assez de temps pour avancer pas à pas. C’est ce que l’introduction laisse entendre avec un passage ambiant et un tempo plus lent qui va être tenu sur toute la première partie de ce cinquième titre. Cela le rend plus accrocheur car on peut se laisser porter par le rythme sans que ce dernier ne change en permanence. D’autant que la durée est parfois nécessaire pour bien amener le passage suivant, comme le montre le dernier tiers du morceau où les accords tenus mènent à un passage plus tranquille qui, lui-même, nous prépare au chant clair. C’est la fluidité qui fait la force de ce morceau, où même le solo de fin n’est pas un shred trop rapide. 

D’autant que la fin du morceau se mêle bien à l’introduction d’ “A Parasitic Dream” et ses accords qui résonnent. Le growl en fond semble nous préparer à un morceau de Death Metal, mais en réalité celui-ci alterne entre des passages “retenus” où les instruments ont moins d’ampleur et d’autres où le chant guttural prend le lead, mais avec seulement trois minutes, on peine à voir où le morceau veut nous mener avec cette alternance. Là encore, on saisit plus l’enchevêtrement que l’articulation.

 

Pourtant, une structure complexe n’est pas forcément signe d’une composition artificielle : si l’on écoute “The Obsidian Architect”, on entendra immédiatement que la structure du morceau est en ⅞ et c’est une très bonne chose. Déjà parce que comme celle-ci est mise en avant par le clavier, on la saisit rapidement et on sait à quoi s’en tenir, et parce que de la variété est toujours plaisante. D’autant que le titre assume son artificialité avec un effet de vocodeur grave sur la voix, mais ces éléments ne choquent pas parce que le morceau prend suffisamment de temps pour justifier leur introduction et pour que l’on s’habitue à eux.

 

Et c’est justement ce qui manque à “Xenotaph”, qui vient clore l’album : certes le morceau est le plus long de l’album et sans doute un des plus carrés, mais encore une fois, le groupe semble avoir le cul entre deux chaises. D’un côté, le Death Technique a une tendance à avoir des structures de morceaux bigarrées où des passages s’entremêlent, de l’autre le Metal Progressif a ses progressions qui permettent à l’auditeur de saisir l’évolution du morceau. Ici, on n’a ni l’un, ni l’autre : ni fluidité qui nous serve de trame, ni ruptures surprenantes qui nous feraient tiquer et nous rappellent à la composition.

C’est pour cela que, dans l’ensemble, Xenotaph me semble moins inspiré qu’Empyrean ou que Dreamless. L’album n’est pas mauvais dans l’ensemble, mais il me semble qu’il pêche par facilité : trop de chant clair et pas assez de travail de composition pour développer les ambiances et lier les éléments les uns aux autres. L’album n’est pas à jeter pour autant, les musiciens restent excellents et les amateurs de Death technique qui ne sont pas dérangés par les sauts de structure y trouveront leur plaisir, mais c’est à mon sens en-deçà de la qualité de composition à laquelle le quatuor américain nous a habitué•e•s. 

A propos de Baptiste

Être ou ne pas être trve ? Baptiste vous en parlera, des jours et des jours. Jusqu'à ce que vous en mourriez d'ennui. C'est une mort lente... Lente et douloureuse... Mais c'est ce qu'aime Baptiste ! L'effet est fortement réduit face à une population de blackeux.