Lascar - Cryptospores

Lascar - Cryptospores

Chroniques 4 Juillet 2018
L’automne se finit, place à l’hiver… Dans l’univers de Lascar tout au moins. Aux couleurs rougeâtres d’Absence s’étaient substitués les bleus froids de Saudade et le one-man band chilien a affirmé ce changement avec son nouvel album, Cryptospores, dont la pochette honore l’hiver. Alors que sur la pochette, les arbres - squelettes d’une vie latente - semblent craqueler l’image même, brouillant la frontière entre réalité et représentation. Alliant nature et agonie, cette pochette correspond finement à l’univers de Lascar où DSBM et Post-Black Metal se rejoignent. Le titre lui-même représente la mentalité de Gabriel Hugo, multi-instrumentaliste démiurge du groupe. En effet, les cryptospores sont des plantes primitives fossilisées, on retrouve donc là aussi la nature, la fragilité et la mort ; des thèmes récurrents dans la discographie de Lascar.

 

Les dynamiques à l’œuvre dans la pochette vont être retrouvées avec précision dans les trois morceaux de ce court EP de seulement dix-huit minutes. Nous sommes lancés sans sommation dans l’album par des guitares saturées et des blastbeats rapides. Puis vient le chant sombre et désespéré, le tout étant uni par un mixage qui se veut brut. Nous voici alors avec Antares, premier titre de cet album et supergéante rouge surplombant son ciel. De ce paysage dévasté s’élève ensuite un son strident : une guitare soliste aigüe vient dominer la mélodie de ce morceau puis laisse place à un passage plus mélancolique basé sur une guitare acoustique - le tumulte du monde laisse alors place à l’apaisement de la nature. Cette alternance entre moments clairs et épisodes black va rythmer tout le morceau jusqu’à arriver au suivant. Nommé Rusted Memorials, le deuxième acte de cet EP est bien plus uni que son prédécesseur. L’unité semble même être une fusion puisque la saturation des guitares se transmet à la voix gutturale de Gabriel Hugo, laquelle se déforme alors sous les grésillements lors de ces six minutes délétères et inconsolables. Les riffs se répondent, ouvrent et ferment le morceau dans la tourmente des hurlements. Cette tourmente continue dans le morceau final de cet EP, Crystalline Edge. Mais celle-ci laisse place au calme, à la sérénité et au rêve. Le synthétiseur entame seul une douce mélodie, saturée certes, mais légère d’une pureté corrompue. Les blastbeats et la double-pédale sonneront pourtant le glas de l’onirisme et provoqueront un dur retour à la réalité, froide et sombre.

Nous revoilà alors au point de départ, sans avoir pu s’échapper d’une réalité désolante, en ayant tout au plus fait un détour par le rêve. Cet album fait donc système, mais sans pour autant se répéter car chaque morceau est unique et distinct des autres grâce à sa structure spécifique et à ses riffs variés.  J’ajouterais tout de même quelques petits bémols à celui-ci, notamment l’abus de saturation qui est certes un choix artistique mais qui vient parfois alourdir des passages qui se veulent plus mélodieux. De plus, si l’EP est bon, je lui reprocherais tout de même de ne pas être totalement à la hauteur de son prédécesseur, Saudade, en espérant que Gabriel Hugo saura concrétiser ce beau projet qu’est Lascar.


C’est donc un EP plus que correct que nous offre Lascar comme quatrième œuvre, on sent que l’auteur cherche à innover tout en gardant une cohérence dans ses créations. Sans compromis sur les sentiments qui dirigent cet album, Gabriel Hugo s’affirme sur la scène black en se faisant porteur d’un romantisme classique qu’il met en musique avec brio.

A propos de Baptiste

Être ou ne pas être trve ? Baptiste vous en parlera, des jours et des jours. Jusqu'à ce que vous en mourriez d'ennui. C'est une mort lente... Lente et douloureuse... Mais c'est ce qu'aime Baptiste ! L'effet est fortement réduit face à une population de blackeux.