Interview EVERGREY

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Le 22 février 2021, j’ai pu m’entretenir avec Tom S. Englund du groupe suèdois Evergrey pour la sortie de leur nouvel album Escape of the Phoenix.

Gauvain : Pouvez-vous vous présenter pour ce début d’interview ?
Tom S. Englund : Je suis Tom Englund, le guitariste et chanteur du groupe Evergrey.


G : Comment vous sentez-vous une semaine avant la sortie de votre nouvel album et la sortie du single avec James LaBrie ?
Nous sommes excités ! Nous pouvons enfin sortir l’album pour lequel nous avons attendu si longtemps. ! Donc c’est une période d’excitation !

Qu’avez-vous pensé des premières chroniques ?
Incroyable ! Tout le monde a l’air extrêmement content et impressionné, on a de bonnes notes,… On n’a pas à se plaindre !

Dans tous les différents pays ?
De presque tous les pays oui.


G : Est-ce si bien que ça de ne plus travailler sur une trilogie ?
C’est assez rafraîchissant de faire quelque chose de nouveau pour être honnête. C’est en fait ce que l’on essaie de faire à chaque fois : essayer de renouveler et redynamiser nos morceaux dans l’optique de délivrer la meilleure musique !

Je vous posais cette question car j’avais lu que vous étiez apaisé de ne plus travailler sur ce type de projet et que vous pouviez vous concentrer sur ce que vous vouliez écrire.
J’écris toujours ce que je veux ! Je n’écris jamais quelque chose qui ne me convienne pas ! Dans le cas contraire, je ne ferai pas ça !


G : Vous avez dit qu’écrire vos paroles vous étaient toujours cathartiques, elles sont néanmoins teintées d’une certaine mélancolie et toujours porteuses d’espoir. De plus, les paroles de cet album sont plus poétiques qu’auparavant. Qu’est-ce qui vous anime ?
Il faut dire que je suis influencé par la vie. J’écris donc sur elle depuis 1997 ! J’imagine donc que je fais ça à chaque fois en essayant de dresser des peintures de là où j’en suis dans la vie et où je me positionne par rapport à elle. Et comment j’aimerais me voir dans le futur.


G : Escape of The Phoenix a d’abord été composé par Jonas et vous. Comment se sont déroulées les sessions pendant la crise du covid-19. Est-ce que cela a impacté votre manière d’écrire ou d'enregistrer ensemble ?
Pas le moins du monde, puisque nous avons commencé à écrire en novembre décembre (NDLR : 2019). Et comme les sessions d’enregistrement étaient déjà programmées nous avons été chanceux sur ce coup-là. Pour nous c’était prévu d’être dans le studio de Février à Octobre et c’est ce que nous avons fait. C’était bien pour nous d’avoir un temps juste pour enregistrer et de ne pas voyager (NDLR : ces sessions sont souvent coupées par des tournées).


G : Vous avez pu dire que Escape of The Phoenix est plus metal que The Atlantic. Mais ce n’était pas mon opinion lors de mes premières écoutes. Pouvez-vous le développer ?
Non, car ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est le label ! Ce n’est même pas si étrange que ça : cela arrive à chaque fois ! Ils écrivent leur propre histoire et je leur dis quelle est la réalité…

Mais du coup quel serait votre avis si vous aviez à comparer The Atlantic avec Escape of The Phoenix ?
Je dirai qu’il est plus énergique en un sens, l’accordage des guitares est plus bas et il a onze chansons qui ont chacune leur propre histoire plutôt que d’une seule histoire répartie sur onze chansons. Ce qui apporte plus de liberté en écriture mais aussi plus de challenge, car on ne peut pas se référer à quelque chose d’existant.


G : Pensez-vous qu’Evergrey est toujours un groupe de Progressif ou est-ce plus complexe que ça ?
Je n’ai jamais dit qu’Evergrey était un groupe de Metal Progressif, c’était toujours des personnes extérieures au groupe ou des journalistes qui le disaient. Pour nous, nous avons toujours été un groupe de Metal avec quelques touches de Progressif. Mais il n’y a rien de vraiment progressif dans Evergrey à part que nous ayons grandi en même temps que de grands groupes comme Dream Theater par exemple.


G : Vous avez une opinion vraiment intéressante sur le titre de l’album. Comment est-il venu à l’esprit ?
En fait, je pensais juste à l’oiseau et d’un coup j’ai eu cette idée que je voulais libérer cet oiseau de ses chaînes. Plutôt qu’il soit sur son perchoir chaque nuit, je voulais voir ce qui pouvait se passer s’il n’y était plus attaché.


G : Nous savons tous qu’Evergrey est un grand fan de Dream Theater et que vous avez même tourné avec eux il y a quelques années. Comment est-ce donc d’avoir James LaBrie sur une de vos chansons ?
C’est vraiment cool ! C’est bien sûr un grand honneur pour nous et c’est aussi cool qu’il ait bien voulu le faire aussi ! Il a beaucoup aimé la musique et a toujours été un grand fan du groupe. Et c’est bien sûr génial d’avoir une personne que tu as admiré toute ta vie faire de la musique avec toi.

N’était-ce pas si bizarre d’avoir la réponse par emails ?
On se connait bien donc on n’était pas obligé de le faire autrement. On a parlé ensemble pendant de nombreuses années donc c’est simple de demander cette faveur. De plus, s’il n’avait pas aimé le morceau, il ne l’aurait pas fait !


G : En 2019, nous nous sommes rencontrés sur Paris pour une interview où vous me disiez qu’il vous fallait encore progresser dans l’écriture de tes chansons. Pensez-vous avoir réussi avec cet album ?
Je pense que nous avons réussi à le faire à chaque album que nous avons réalisé ! Nous avons en effet toujours mis 100% de notre énergie dans la composition ! Et il n’y a pas une seule seconde de tous les albums pour lesquels j’ai participé dans ma vie dont je ne peux pas dire que je n’en suis pas fier à 100% ! C’est notre mission après tout : faire de super chansons !


G : Escape of The Phoenix est la continuité parfaite avec The Atlantic avec la même atmosphère et puissance. Vouliez-vous vraiment écrire un album avec la même énergie que le précédent ou était-ce purement naturel ?
Les membres du groupe ne pensent jamais aux vieux albums. Le jour où on a fini de travailler en studio sur un album, on répète pour les concerts et on commence à travailler sur le suivant. Du coup nous ne sommes jamais dans la comparaison entre nos différents albums. Nous n’avons jamais travaillé ainsi ! Nous sommes ainsi totalement libres à chaque fois, c’est aussi comme ça que nous sommes à 100% responsables des morceaux que nous écrivons.


G : Je pense qu’il est encore trop tôt pour en parler mais comment imaginez-vous la suite d’Evergrey ? Avez-vous une quelconque idée de la direction artistique que vous voudriez prendre ? Plus lourd, plus paisible…
Alors là pas du tout ! Je n’avais même pas d’idée pour Escape of The Phoenix ! (rires) Ce n’est pas mon travail d’avoir des idées, j’essaie juste d’avoir la meilleure musique possible et ensuite je la laisse se faire juger par le reste du monde.

L’idée viendra en son temps.
Je l’espère, je l’ai eu pendant 26 ans donc j’espère bien que ça va continuer !


G : De plus, Escape of The Phoenix est l’un de vos albums sans aucun chœur féminin ou chanteuse. Pouvons-nous espérer d’autres featurings pour les prochains albums ? Mon père suggérait notamment Anneke Van Giersbergen. La connaissez-vous et peut-elle être présente sur un morceau de Silent Skies ou d’Evergrey ?
Je ne sais pas, à vrai dire nous ne savons pas avant l’écriture d’un morceau. Une fois qu’il est écrit nous voyons si nous pouvons faire quelque chose d’intéressant avec. Mais nous n’invitons pas des chanteurs pour le principe de les inviter ! Nous les invitons car ils sont nécessaires au morceau. Jamais je n’aurai appelé Floor Jansen en lui demandant d’être sur un de nos morceaux si je n’avais pas déjà une idée (NDLR : In Orbit ou Disconnect). Je l’appelle si j’ai une idée bien précise de cette chanson : « Hey, nous avons cette super chanson, est-ce que tu voudrais y chanter ? ». Parce que personne n’accepterait ce genre de proposition avant d’entendre ledit morceau.

Et pour Anneke du coup ?
Oui je la connais, nous étions ensemble pour un concert d’Ayreon (NDLR : pour le Graspop 2018) ! C’est une chanteuse et une personne adorable donc nous verrons !


G : Henrik et vous jouez plusieurs soli pendant l’album. Certains sont seuls, d’autres font partie d’un véritable dialogue entre les guitares… Comment choisissez-vous qui joue quel solo et quand ?
Après toutes ces années passées ensemble, nous savons qui sonnera le mieux sur telle partie. Cela dépend aussi de qui écrit le morceau et s’il veut des « twin guitares ». Généralement, je lui demande de jouer telle ou telle partie puisque c’est moi qui l’ai écrite.


G : Pouvons nous parler du titre bonus seulement disponible dans l’édition artbook ? Car je ne sais pas si vous êtes au courant, mais les chroniqueurs n’y ont pas eu accès.
C’est vrai que ce serait pas sympa pour les fans si c’est seulement vous qui avez accès à cette chanson et pas eux. Honnêtement, je ne sais pas trop quoi dire dessus… C’est une chanson qui ne collait pas parfaitement avec cet album mais c’est une chanson dont nous sommes très fiers. Il est vrai qu’elle ne colle pas trop aux onze autres chansons et qu’elle est assez différente. Il y a notamment un très long solo de guitare que je joue mais je ne sais pas trop ajouter à part qu’elle est spéciale et assez étrange.


G : N’êtes vous pas trop nerveux pour votre tournée d' automne ?
Je ne suis pas très optimiste pour être honnête, je ne vois pas trop comment elle va pouvoir se faire… Mais bon sait-on jamais !


G : Evergrey a toujours aimé les morceaux acoustiques. Nous pouvons en trouver dans les bonus CD de Hymns For The Broken ou de The Inner Circle… Je voulais donc savoir comment était venue l’idée de créer Silent Skies avec Vikram. Était-ce plus simple qu’il soit dans Redemption et qu’il ait fait des reprises de titres d’Evergrey au piano il y a quelques années ?
Notre album a été écrit il y a trois ans ce qui fait un long moment d’attente avec sa sortie (NDLR : 11 décembre 2020). Je l’ai découvert sur Youtube avec ses reprises d’Evergrey alors que je voulais faire un projet de ce style depuis un moment. Je lui ai alors envoyé un message et il en était très heureux puisqu’il est un grand fan d’Evergrey.


G : Pourquoi avoir voulu reprendre Distance de The Storm Within sachant que Vikram en avait déjà fait une reprise ?
Mais il n’y en avait tout simplement pas avec moi au chant !


G : Quand est venue l’idée de reprendre du Eurythmics ? (NDLR : Here Comes The Rain Again)
Il y a 25 ans ! Je suis tombé amoureux de cette chanson la première fois que je l’ai entendue ! De plus, elle colle parfaitement avec l’album !


G : Vous avez ouvert une page Patreon ces derniers jours. Pouvez-vous expliquer le concept ?
Le concept est que l’on explore comment nous allons sortir notre prochain album et comment nous allons travailler dessus. C’est un moyen aussi de donner un accès direct aux fans (NDLR : des FAQ périodiques sont prévues) et de voir si on continue sur un label. C’est quelque chose que je voulais essayer depuis un moment.


G : Silent Skies est un nouveau projet assez inhabituel pour vous j’imagine. Comment ce projet plus contemplatif a pu influencer les morceaux d’Evergrey ?
Pas réellement je dirais… Je dirais plutôt que les deux s'affectent mutuellement. Je chante dans les deux projets bien sûr, et j’ai des influences pour Silent Skies qui se reflètent forcément sur celles que j’ai pour Evergrey.
Après In Absence of Sun a été la première chanson que j’ai écrite pour Escape of The Phoenix et je me suis même dit qu’elle pourrait peut-être trop ressembler à du Silent Skies sur certains points (rires).
En tout cas, c’est vraiment bien de voir tous tes différents projets arrivés en si peu de temps !
Merci !


Image de couverture : copyright Patric Ullaeus & Giannis Nakos

Par Gauvain - 01/03/2021

Commentaires

Une interview bien sympa avec deux personnes authentiques. Merci Gauvain.


Le Vengeur Masqué le 01/03/2021 à 18:31:06