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156/Silence
From A Distance

156/Silence signe avec From A Distance un successeur ambitieux à People Watching, entre brutalité, ambiances cinématographiques et deuil.

Guillaume W
Chroniqueur
Publié
156/Silence - From A Distance

Sortie : 4 septembre 2026, Pure Noise Records


Deux ans après People Watching, disque qui avait fait basculer 156/Silence dans une nouvelle dimension, le quintette de Pittsburgh revient avec From A Distance, sixième album et premier chapitre chez Pure Noise Records. Un successeur qui assume pleinement son héritage, quitte à en payer le prix de la comparaison permanente.


Un successeur qui n'a pas le droit à l'erreur


People Watching avait marqué un tournant : pour la première fois, 156/Silence osait pleinement les refrains chantés et les mélodies, sans renier la brutalité qui a construit sa réputation depuis 2015. Le groupe explique avoir voulu doubler la mise sur cette direction avec From A Distance, produit par Josh Schroeder (Lorna Shore, The Plot In You, King 810). La filiation est visible dès la pochette, qui reprend le motif du visage déformé de l'album précédent, et se prolonge jusque dans la structure des morceaux, même si les thématiques abordées cette fois puisent à d'autres sources.


L'album s'accompagne de plusieurs featurings de poids : Mike Hranica (The Devil Wears Prada), Alex Reade (Make Them Suffer) et Tony Castrati (Crippling Alcoholism) viennent enrichir trois titres du disque.


Des influences assumées, entre écrans et manettes


156/Silence revendique ouvertement un ancrage dans la pop culture pour construire l'univers de From A Distance. L'album s'ouvre ainsi sur un sample tiré de Severance, la série Apple TV+ au climat clinique et anxiogène, qui donne immédiatement le ton. Le morceau-titre, lui, doit beaucoup à Twin Peaks : Murray le décrit comme une chanson d'amour directement irriguée par l'esthétique et l'ambiguïté de la série de David Lynch — sans doute la piste la plus marquée par cette influence sur l'ensemble du disque. Le groupe cite aussi les bandes-son de jeux vidéo d'horreur comme Resident Evil et Silent Hill parmi ses inspirations, une filiation qu'on retrouve dans le traitement des nappes synthétiques et dans cette tension permanente, presque anxiogène, qui traverse les parties les plus atmosphériques de l'album.


L'ombre du deuil


Impossible d'aborder ce disque sans évoquer le contexte dans lequel il a été composé. En mars 2025, le groupe perdait son bassiste Lukas Booker, décédé subitement à 28 ans. 156/Silence n'a jamais officiellement présenté From A Distance comme un album de deuil, mais certains morceaux semblent porter la trace de cette perte. An Early Exit en particulier, avec son évocation d'un départ brutal et prématuré, se prête à cette lecture, sans qu'il s'agisse d'une confirmation du groupe, plutôt d'une résonance possible pour qui connaît l'histoire récente de 156/Silence.


Des ambiances cinématographiques au service de la brutalité


Musicalement, c'est peut-être là que From A Distance frappe le plus juste : les passages atmosphériques et cinématiques ne sont jamais de simples respirations décoratives, ils travaillent en creux pour mieux faire ressortir la brutalité des moments les plus lourds, tout comme ils donnent plus de poids aux passages mélodiques. Cette dynamique de contraste, déjà présente sur People Watching, semble ici pleinement maîtrisée.


Le principal bémol reste la mise en récit de l'ensemble : les transitions d'un morceau à l'autre sont souvent abruptes, et rappellent sans cesse qu'on écoute une collection de titres plutôt qu'une histoire pensée comme un tout cohérent. Une petite frustration sur un album qui, par ailleurs, semble vouloir raconter quelque chose de plus large.


Coups de cœur, surprise et fausse note


Sans prétendre couvrir les douze titres de l'album, quelques morceaux se détachent particulièrement à l'écoute, en bien comme en moins bien.


No Arms, premier single dévoilé, condense tout ce qu'on pouvait aimer sur People Watching, une porte d'entrée idéale et un excellent baromètre de ce que l'album a à offrir.


La bonne surprise du disque, c'est An Early Exit qui fait preuve d'une réelle maturité, aussi bien émotionnelle que musicale. Le morceau refuse la facilité d'une structure classique couplet-refrain, et sa seconde partie, construite en crescendo, dévoile une facette douce-amère qu'on n'attendait pas forcément du groupe.


Secret Room est sans doute la pépite cachée au cœur du disque : un placement de riffs d'une propreté remarquable, une batterie qui appuie exactement là où il faut avec ses propres envolées, et un final qui promet déjà de belles scènes de pit en concert.


After Dusk referme l'album de façon quasi épique. Le morceau répond presque en miroir à la structure de No Arms, mais son break massif et ralenti englobe littéralement l'oreille, au point de faire réentendre le reste du morceau, voire de l'album, sous un jour différent jusqu'à son final.


À l'inverse, Collateral est le vrai point faible du disque. Le titre donne l'impression que le groupe s'est forcé vers quelque chose de plus simple, presque comme si on avait mis Slipknot et Rammstein entre les mains d'un groupe de lycéens le temps d'un morceau. Une anomalie dans un ensemble par ailleurs solide.


Le syndrome du grand frère encombrant


From A Distance souffre un peu du même syndrome que le dernier Loathe cette année : difficile de ne pas ressentir un léger manque face à un album précédent aussi qualitatif et hors norme. Pourtant, à l'exception de Collateral, chaque titre de ce disque semble trouver une place pleinement légitime, aussi bien au sein de l'album que dans la discographie globale de 156/Silence.


Verdict


From A Distance est un album bon, excellent même, un disque qui creuse plus loin les intentions de People Watching sans jamais donner l'impression de se répéter. Ses ambiances cinématographiques et sa gestion des contrastes sont du grand art, seule la narration d'ensemble, un peu trop fragmentée par des transitions abruptes, l'empêche d'atteindre une cohérence totale.


La scène restera, je pense, le meilleur endroit pour développer des titres qui semblent taillés pour les concerts, et tant mieux pour nous, le groupe défendra l'album sur scène en Europe cet automne, en première partie de The Devil Wears Prada, avec une date parisienne à l'Élysée Montmartre le 18 octobre.

Guillaume W
À propos de l'auteur

Guillaume W

Chroniqueur

Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.

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