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Interview Electric Citizen
Rock In Bourlon 2026

Electric Citizen : stoner rock, amitié et un message inattendu, à l'occasion du Rock in Bourlon

Guillaume W
Chroniqueur
Publié
Interview Electric Citizen - Rock In Bourlon 2026

Ça y est, nous sommes dimanche. Nous avons survécu aux températures effroyables des deux derniers jours ainsi qu'à l'horrible tempête qui a coupé court au concert de Bruit< la veille. Il fait beau, il fait plus doux aussi, et sous la tente des artistes, c'est dans une ambiance plus détendue que je rencontre les membres d'Electric Citizen (à l'exception du batteur du groupe, Nate Wagner, remplacé pour la tournée car retenu chez lui par son orchestre) pour parler de leur son et de leurs envies.

C'est autour d'un café, de deux verres d'eau et d'une bière que je m'apprête à poser mes questions à Laura (chant), Ross (guitare) et Nick (basse).

Laura : J'espère que le fait qu'on ne parle pas français ne posera pas de problème ?

Guillaume : Non, pas de souci, mon anglais est plutôt correct !

L : Tant mieux alors, on avait peur ! (rires)

G : Je vais y aller avec ma première question, je vous rassure, je n'en ai pas beaucoup. Je vous ai vus à Paris il y a un peu plus de dix ans, en première partie de Wolfmother — un concert incroyable. Mais après tout ce temps, vous avez traversé beaucoup de choses... Surtout toi, Laura : je ne sais pas si tu accepteras de répondre à cette question, mais tu as été diagnostiquée d'un mélanome en 2019. Vous aviez décidé de faire une pause à l'époque, mais vous êtes tout de même revenus. Est-ce que monter sur scène après tout ça a changé la façon dont vous interprétez les concerts, ou le message derrière vos chansons ?

L : Je pense que pour tout le monde, tout change dans la vie après quelque chose comme ça. Tu apprécies tout un peu plus. J'ai eu la chance de le diagnostiquer assez tôt, mais j'ai dû faire beaucoup d'opérations et de traitements pour surmonter ça. Il y a eu plein de moments où je ne savais pas si le pire était derrière moi ou non. C'était assez effrayant, mais sinon, oui, ça te fait regarder tout très différemment : voir à quel point tout est spécial, tout ce qui nous entoure, et à quel point j'ai de la chance de pouvoir faire ce que je fais. Surtout avec ce groupe ! (Elle marque une pause et les regarde avec un grand sourire.) Ce sont mes meilleurs amis, on est ensemble depuis 2012, donc forcément, 14 ans, c'est quelque chose. C'est un peu une deuxième famille.

G : En effet, ça doit être intense.

L : Je ne voulais pas qu'on cache l'information à l'époque, car beaucoup de personnes ne réalisent pas qu'elles doivent faire des dépistages. Tout le monde peut tomber malade ou avoir un cancer. Je n'ai jamais été très « soleil » depuis mon enfance, mais apparemment, c'est quelque chose qui peut se développer n'importe quand. Si tu le détectes très tôt, ce n'est pas grand-chose ; mais si c'est bien plus tard, c'est un très mauvais signe. Donc mon message, en montant sur scène après tout ça, c'est un peu : « Faites vérifier votre peau et mettez de la crème solaire ! » Je vous jure que maintenant, je m'inquiète pour tout le monde !

G : Vous avez sorti EC4 sept ans après Helltown, et on ressent une musique moins stoner et plus progressive. Est-ce que cette nouvelle direction était voulue depuis longtemps, ou est-ce que tout est arrivé par hasard ?

Ross : Ça, c'est pour moi ! (rires) Je pense que, vu le contexte, on avait envie de faire les choses différemment. On a toujours fait des albums de rock, des chansons très upbeat et courtes. Cette fois, j'ai voulu faire des chansons plus mélancoliques, faire progresser les structures en essayant de ne faire qu'un couplet, un refrain et un pont. Je n'avais pas envie de revenir sur scène et de faire la même chose, encore et encore. On a voulu faire des choses moins prévisibles en mettant l'auditeur sur un chemin...

L : Je ne peux pas dire que ce soit complètement différent, c'est toujours nous, c'est toujours notre ADN, mais les morceaux sont plus longs, avec des passages plus rapides, ce qui nous permet à tous de continuer à jouer ce qu'on aime. Car après tout, ça reste agréable d'avoir un peu de variété — pas uniquement pour ne plus jouer ce qu'on a pris l'habitude de faire, mais pour aller sur des terrains qu'on peut trouver plus intéressants avec notre son.

G : D'ailleurs, quand vous écrivez vos titres, est-ce que Ross débarque avec un morceau entièrement écrit en vous disant quoi faire, ou est-ce que c'est un vrai travail d'ensemble ?

Nick : Oui, on écrit un peu des deux façons.

R : Oui, j'arrive parfois avec plein d'idées ou des morceaux entièrement faits, et après on se les fait écouter en répétition. Nick fait ça aussi, d'ailleurs : il arrive et nous dit « J'ai ça, mais je ne sais pas quoi en faire, ça pourrait être une intro, une outro, ou ce que vous voulez. » Un peu comme sur notre titre Mire, par exemple : Nick est arrivé avec l'outro. J'ai commencé à travailler ça par tous les bouts, Nick revient avec autre chose — parfois l'idée originale, une variante du riff — et on se rend compte que ce qu'on pensait être une outro est devenu l'intro ou le refrain.

N : Tout devient organique, comme dans un moulage. Un riff peut avoir des variantes, il suffit de trouver celui d'origine.

L : Comme faire un gâteau avec plusieurs couches. Mais je pense que, la plupart du temps, c'est Ross qui pose la fondation des morceaux : la guitare, la mélodie. Moi, je trouve mes mélodies par la pratique chez moi, en essayant de coller à ce que je veux faire sentir et à ce que les paroles veulent dire pour moi. Mais la musique reste quelque chose qui connecte les musiciens, et je pense que répéter les morceaux ensemble donne souvent un meilleur résultat. Même s'il faut quand même réviser longuement en dehors de ça.

G : Je vois parfaitement ce que tu veux dire, je pense que ça parlera forcément à tous les musiciens : entre ceux qui travaillent des heures sur un morceau pour arriver en répétition et entendre un « Ah oui, on peut garder ça en intro. » (rires)

L : Oui, c'est souvent ce qui arrive avec Ross, et souvent les idées les plus simples sont les meilleures. Il y a ce livre, La Guerre de l'art — pas L'Art de la guerre, attention — qui dit qu'il faut continuer d'essayer pour enfin trouver sa voie. Tu dois donc continuer de jouer pour que l'idée arrive.

G : D'ailleurs, vous avez joué sous un autre alias, avec le groupe SISS. Est-ce un projet que vous allez exploiter, ou c'était juste pour essayer d'autres choses ?

R : Wouah, j'avoue que je ne sais pas trop... On n'y a jamais vraiment pensé, même si c'est vrai qu'on a enregistré l'équivalent d'un album complet ensemble. On a peut-être juste besoin de trouver ce qu'on va en faire, et quand on va le sortir exactement. On ne peut rien garantir avec ce projet ; c'était amusant à faire, ça nous a permis de remonter sur scène, d'avoir des idées pour Electric Citizen. Il y a des riffs, des titres plus joyeux, quelque chose de plus punk, de plus pop. Et je suis content que le groupe m'ait suivi là-dessus, ça nous a fait sortir de notre zone de confort.

L : On a vraiment pu sortir de nos titres d'EC pendant ce temps-là. C'était rafraîchissant. Mais après avoir terminé un album d'Electric Citizen, qu'est-ce qu'on fait ? On travaille déjà sur du nouveau matériel, mais c'était très agréable d'avoir SISS. Nous sommes des gens créatifs, on n'écoute pas qu'un seul style de musique. C'était donc très chouette de sortir des choses qu'on ne peut pas faire dans le cadre d'Electric Citizen. J'aime bien appeler ce projet « les enfants de la sœur de Rush ». On pouvait avoir une tout autre attitude en jouant avec ce projet, et pour les compositions c'était pareil : moins de clavier...

R : Plus de fuzz. Parce que oui — j'aimerais dire que beaucoup de monde pense qu'Electric Citizen utilise du fuzz, mais pour être honnête, je n'en utilise pas du tout. C'est juste un vieil ampli avec un peu de distorsion.

G : Un peu comme sur les anciens Black Sabbath ?

R : Oui, exactement, tu utilises ton vieil ampli et la magie opère. Mais pas de fuzz du tout, c'est juste une bonne gestion du son.

L : Mais pour revenir là-dessus, que va devenir SISS ? Je pense que la question est surtout : « Est-ce que les gens ont envie d'écouter ça, ou Electric Citizen ? » Parce que, pour nous, on va probablement mettre de côté des riffs et des idées au fur et à mesure de nos tournées à travers le monde, mais est-ce qu'on en fera quelque chose ? C'est une autre histoire... Il faut aussi dire qu'Electric Citizen est un peu un OVNI à Cincinnati, il n'y a aucun autre groupe qui joue ce qu'on fait — en tout cas, il y a 14 ans, ce n'était pas le cas. Et je pense qu'il faut juste qu'on continue de faire de la musique qui nous rend fiers. Il faut voir aussi la musique comme un cadeau : un cadeau de la part d'un groupe pour ses fans, mais aussi dans l'autre sens — si la musique plaît aux fans, alors leur cadeau, c'est de nous dire qu'ils aiment ce qu'on a fait. Ce n'est pas rien, dès l'instant où on peut sortir des chansons et avoir un public, et on s'estime très chanceux de pouvoir faire ce qu'on fait avec le groupe.

G : Vous dites que ça fait 14 ans que vous jouez ensemble, en effet, mais est-ce que les chansons que vous avez écrites à l'époque vous plaisent toujours autant ? Et est-ce qu'elles signifient toujours la même chose pour vous ?

R : Oui, clairement. J'aime toujours jouer ces morceaux parce que les gens les aiment. Alors je veux leur donner ce qu'ils veulent entendre. On n'en est pas encore au stade de certains groupes qui disent qu'ils en ont marre de jouer les chansons que tout le monde aime. À vrai dire, je n'ai jamais compris cette façon de penser. Vous avez de la chance d'avoir écrit cette chanson que tout le monde aime. Dire qu'on est fatigué d'un de ses morceaux, je trouve ça un peu prétentieux...

L : Sauf si tu t'appelles Bob Dylan, là tu peux faire ce que tu veux, les gens continueront de t'aimer. Mais c'est une légende ; vous savez que si vous allez le voir en concert, vous n'entendrez pas ce que vous voulez entendre.

G : Ils le jouent quand même toujours, mais c'est un peu comme Deep Purple avec Smoke on the Water, ils savent qu'ils doivent le jouer pour leurs fans.

R : C'est une super chanson, en plus, elle a fait découvrir le groupe à tellement de monde, encore maintenant.

L : Mais pour moi, toutes les compositions du premier album sont liées à de bons souvenirs. Donc c'est spécial de pouvoir les jouer. Nous avions d'ailleurs prévu de jouer, au concert d'aujourd'hui, des chansons du premier album qu'on ne joue pas souvent, pour pouvoir les apprécier de nouveau et les faire découvrir.

G : Et, bien qu'il soit un peu silencieux, est-ce que Nick aime aussi jouer ces morceaux ? (rires)

N : Ahah, oui, bien sûr ! Je pense que ça nous rappelle la fondation du groupe, la nouveauté de ce qu'on faisait à l'époque.

L : Oh mon Dieu, oui. Ce moment où on se disait « Des gens viennent nous écouter ! » ou « On a fait un clip ! »... C'était fou. On a aussi eu ce moment où on s'est rendu compte que la scène skateboard nous écoutait et utilisait nos morceaux pour leurs vidéos de démo. C'était très amusant, et assez inattendu à l'époque.

G : Ça doit vraiment être dingue de pouvoir tourner dans le monde grâce à sa musique et de découvrir que des gens en sont fans. Je pourrais presque être jaloux ! (rires)

L : On a vraiment une chance incroyable.

(Photo par le gargantuesque Gauvin Gaggini)

G : Vous avez partagé des tournées avec Pentagram, Fu Manchu, Wolfmother, Joan Jett... Est-ce qu'il y a une tournée qui a changé votre façon de voir votre groupe ?

L : N'oublie pas The Cult, King Diamond.

N : Et Arthur Brown !

L : Arthur Brown, bien sûr ! Le dieu du feu de l'enfer !

N : Mais est-ce que ça a changé la façon dont tu vois le groupe ?

G : Justement, tu veux peut-être en parler ?

N : Non ! (rires) Je ne sais jamais quoi dire ! Je ne sais pas. J'ai l'honneur de faire des choses comme ça, j'essaie de rester le plus humble possible. S'il y a un changement, je dirais que c'est les différents fans qui en sont sortis, les différentes bases de fans. Ce n'est pas nécessairement un changement, ou une réflexion du groupe. C'est juste une nouvelle audience. Tout le monde qui aime ça aimerait ça aussi. C'est vraiment cool.

G : J'espère vraiment, en tout cas, que votre musique va toucher du monde aujourd'hui, et que les gens venus pour d'autres concerts vont vous découvrir comme je l'ai fait il y a dix ans.

L : Oh, merci beaucoup !

G : C'était ma dernière question, en tout cas. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un bon concert !

R : Merci ! On a hâte !


Guillaume W
À propos de l'auteur

Guillaume W

Chroniqueur

Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.

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