Mer. 19 aoû. 2026
Accueil / Articles / Chroniques / Lammoth - Onward

Lammoth
Onward

Dans une scène qui rivalise de noirceur, Lammoth ose la lumière, et signe l'un des disques les plus marquants de l'année.

Guillaume W
Chroniqueur
Publié
Lammoth - Onward

Fiadh Productions - 7 août 2026

2026 n’aura pas vraiment été une année de tout repos pour les amateurs de metal extrême. Entre les productions toujours plus abrasives, les concepts de plus en plus nihilistes et une scène qui semble parfois chercher jusqu’où elle peut pousser la noirceur, on finirait presque par oublier que le metal extrême a aussi toujours été un refuge. Un endroit où l’on peut extérioriser la colère, mais aussi trouver un peu de réconfort.

C’est précisément dans cet espace que Lammoth vient s’installer.

Onward n’a rien d’un disque naïf ou gentillet, musicalement, on reste sur un black metal exigeant, bourré de blast-beats, de guitares massives et de hurlements qui ne laissent pas franchement beaucoup de place au repos. Mais là où beaucoup de groupes choisissent de regarder vers l’abîme, Lammoth décide de regarder dans l’autre direction.

Vers la lumière.

Et dans un paysage où les albums semblent parfois se livrer une compétition pour savoir lequel sera le plus désespéré, ce choix fait presque figure de déclaration.

Évidemment, le pari n’était pas gagné d’avance. Le black metal repose sur tout un tas de codes esthétiques et musicaux bien installés, et dès qu’on commence à les détourner, la frontière entre originalité, kitsch et simple parodie peut devenir assez mince.

Lammoth évite pourtant assez facilement le piège.

Rien, ici, ne donne l’impression d’écouter une blague sur le black metal ou un pastiche de fantasy metal. La chaleur du disque fonctionne justement parce qu’elle repose sur une vraie maîtrise de la composition. Les guitares en nappes (forcément, quand on vient avec une sensibilité blackgaze, ça s’entend) côtoient des blast-beats qui ne plaisantent pas et un chant constamment hurlé. Mais tout ça est traversé par une forme de lumière presque physique.

Une chaleur qui, ces dernières années, semble davantage associée aux artistes les plus mélodiques et introspectifs du genre qu’au black metal dans son ensemble.

Une fable qui refuse la facilité


Sans trop dévoiler ce que Lammoth nous racontera lui-même très bientôt en interview, petit teasing, vous l’avez vu venir, disons simplement ceci : 

Onward est un disque concept, construit autour d’un personnage secondaire du Seigneur des Anneaux, et raconté depuis son point de vue plutôt que depuis celui des héros habituels de la saga.

Ce choix narratif, en apparence anecdotique, s’avère être la colonne de tout l’album. Il ne s’agit pas d’un simple habillage thématique “fantasy metal”. La structure même du disque, son arc émotionnel, sa respiration d’un morceau à l’autre, semblent avoir été pensés pour suivre un cheminement intérieur précis : celui d’un personnage qui traverse la peur, puis la découverte de sa confiance, avant d’atteindre une liberté qu’il n’aurait jamais imaginé. C’est une trame simple sur le papier, mais elle est traitée avec une sincérité qui évite de tomber dans la fable enfantine.


Musicalement, cette progression se traduit par une vraie structure au long de l’album. Onward ne fonctionne pas comme une collection de titres interchangeables : c’est un disque pensé pour être écouté dans l’ordre, où chaque morceau prolonge l’émotion du titre précédent tout en préparant les éléments de ce qui viendra ensuite. Un exercice de composition que peu d’albums de ce sous-genre réussissent avec autant de force.


To Be Free et A Gardener, les deux piliers 


S’il ne fallait retenir que deux morceaux pour comprendre ce que Onward accomplit, ce serait sans hésitation To Be Free (Bill) et A Gardener, placés stratégiquement en deuxième et troisième pistes, comme si l’album voulait, dès son ouverture, poser les fondations émotionnelles sur lesquelles tout le reste va se construire.


To Be Free (Bill) est le morceau de bascule, celui où l’urgence rejoint enfin la clarté. Les cris dissonants qui scandent le nom de Bill ne sont pas de l’intensité gratuite, ils fonctionnent comme un révélateur, ce moment où la peur laisse place à une forme de sidération face à une liberté nouvellement acquise. C’est l’un des rares morceaux du disque où la violence du genre et l’émotion portée par la composition se rejoignent sans friction.


A Gardener, en toute logique, vient ensuite apaiser cette tension, sans jamais la dissoudre complètement. c’est probablement le titre le plus habile de l’album dans sa gestion du contraste : la mélodie est plus ouverte, plus présente, lumineuse à souhait, mais elle conserve une fragilité de fond qui empêche le morceau de basculer dans la guimauve. On y sent, en suspend, le poids d’une relation qui se construit malgré un passé douloureux sans qu’il soit besoin de tout expliciter pour que le tout fonctionne.

Ensemble, ces deux titres forment un diptyque redoutablement efficace qui a su convaincre plus d’un auditeur.


Les limites d'un exercice ambitieux 


Il serait toutefois malhonnête de dire qu’Onward est un disque parfait. La principale réserve concerne l’usage des éléments électroniques et chiptune, hérités des précédentes sorties du projet : quand ils sont utilisés avec parcimonie, en soutien discret de l’instrumentation, ils fonctionnent parfaitement et savent enrichir l’ambiance. Mais sur certains titres, ces mêmes éléments prennent trop de place, diluant parfois l’impact des guitares plutôt que de les renforcer, un choix de mix qui aurait sans doute gagné à être revu.


L'autre point de vigilance concerne la mémorabilité de l'ensemble. Si le disque impressionne à l'écoute et convainc dans sa cohérence globale, tous les morceaux ne s'imposent pas avec la même force une fois l'album terminé, quelques titres du milieu de tracklist peinent à se distinguer aussi nettement que les deux sommets évoqués plus haut, et gagneraient à être resserrés. 


Ce sont des réserves de nuance, pas de fond : elles n’amenuisent ni la sincérité du projet, ni son ambition, ni la réussite globale du pari artistique. Elles indiquent surtout qu’il y a, quelque part, une version encore plus resserrée et percutante de cet album, ce qui, pour un premier album, n’est clairement pas le pire des problèmes à avoir.


Un souffle nécessaire


Onward ne cherche pas à révolutionner le black metal dans sa forme. Il cherche, plus modestement et plus efficacement, à lui redonner un espace qu’on avait presque oublié : celui de la tendresse, sans jamais renoncer à l’intensité qui définit le genre. Dans une année de sorties qui rivalisent de noirceur, ce choix suffit à faire d’Onward l’un des disques les plus marquants et les plus nécessaires de 2026. 

Non pas malgré sa légèreté apparente, mais surtout grâce à elle.


Pour aller plus loin sur la genèse de ce disque, retrouvez très prochainement notre interview exclusive avec Lammoth

Guillaume W
À propos de l'auteur

Guillaume W

Chroniqueur

Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.

Pour continuer

Du même auteur

Tous ses articles