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Interview Mourir
Rock In Bourlon 2026

À Rock in Bourlon, Théo et Alex de Mourir reviennent sur "Nous, le Venin" : violence sociale, transe noise et un "nous" qui nous concerne tous.

Guillaume W
Chroniqueur
Publié
Interview Mourir - Rock In Bourlon 2026

C'est sous un soleil de plomb, dans l'effervescence du premier jour de festival, quelques heures avant de monter sur scène, que Mourir — ou plutôt Théo (basse) et Alex (guitare) — accepte de nous recevoir pour répondre à quelques questions.

C'est après quelques minutes de conversation avec Théo, autour de ses différents projets musicaux, de leurs tournées et de leurs coups de cœur vus en concert, qu'Alex nous a rejoints pour démarrer l'interview.

Guillaume : Si quelqu'un n'avait jamais entendu Mourir et que vous deviez expliquer ce que vous cherchez à provoquer chez l'auditeur, que diriez-vous ?

Théo : À provoquer ?

Alex : De l'inconfort, je dirais. Et en même temps, une forme de transcendance ou de méditation, d'une certaine manière.

T : Oui, une sorte de transe.

A : Mais avec des moments qui te sortent très brusquement de là. Mais de manière... « pas bien », non, c'est pas les bons mots...

G : Pour « déranger », peut-être ?

A : Oui, mais pas vraiment non plus. D'une manière choquante qui conduirait à un malaise. Je dirais que c'est ça que Mourir cherche à faire.

G : Et il faut admettre que ça se ressent bien. Déjà dès les titres — je vous ai littéralement découverts il y a peu avec Nous, le Venin — et les titres représentent bien le malaise.

A : Ah, tu nous as découverts avec Nous, le Venin ?

G : Oui, j'avoue qu'on a reçu l'album chez Metal Sound Media et, moi qui n'écoute pas de black metal habituellement, je suis resté scotché de A à Z.

A : Mais tu es d'accord avec ça ?

G : Ah bah complètement, c'est une musique extrêmement violente émotionnellement. J'ai pris pour habitude d'écouter des groupes qui me font ressentir une sorte de malaise, que ce soit sur le traitement du sujet, du contexte ou de la musique.

T : Oui, on parlait d'Amenra tout à l'heure d'ailleurs.

G : Exactement, et on ressent le même genre de chose je trouve. On se laisse emporter par ce mur sonore et il y a beaucoup de passages qui, derrière, nous tirent de cet état. Dans un flou, sans vraiment d'explication.

T : Oui, tout à fait.

A : C'est dans le thème, et parfois on en sort complètement.

G : Voilà, c'est mon ressenti pour quelqu'un qui vous a découverts.

A : Mais tu as tout à fait raison.

G : D'ailleurs, par rapport à toute cette violence, je connais plus ou moins la réponse, mais qu'est-ce qui vous inspire à écrire tout ça ?

T : Bah, c'est le monde qui nous entoure.

A : Quand on parle de black metal, on pourrait dire que c'est une inspiration quelconque.

T : Un truc ancestral ou autre, je ne vais pas jeter la pierre, je vais juste énoncer des clichés. Tu as le camp sataniste, le côté « vampire-je-ne-sais-quoi » d'Europe de l'Est.

A : Il y a un folklore.

T : Oui voilà, les paysages nordiques ou autres. Mais nous, c'est plutôt le monde actuel. Ce monde dans lequel on vit.

A : La justice sociale, l'état du monde qui se dégrade.

T : En fait, c'est globalement cette sensation de vivre un effondrement de civilisation.

G : C'est ce qu'on ressent encore très bien en ce moment, aujourd'hui, avec le dérèglement climatique.

T : Oui voilà, que ce soit écologique — on en subit les effets actuellement.

A : Voir le niveau de vie qui se réduit alors qu'on nous parle de croissance.

G : Le capitalisme poussé à ses extrêmes.

A : La violence sociale extrême, aussi.

G : Je m'en étais douté un peu. Quand j'ai vu la liste des musiciens du projet et que j'ai vu quelqu'un de Bruit<, je me suis dit qu'on ne devait pas être loin des mêmes sujets.

T : Oui, il y a aussi les thématiques du son. Je considère vraiment que la musique qui a un sens, qui a un intérêt, au-delà de simplement faire un groupe de reprises, c'est celle qui réécrit le monde dans lequel on vit. On vit tous dans le même monde ; chaque groupe peut exprimer différemment ce qu'il ressent, mais nous, on parle de ce qu'on vit là.

A : C'est le sens de la musique, son utilité.

G : C'est aussi ce qu'on retient de plus en plus : tous les groupes qui marchent le mieux aujourd'hui, quel que soit le style, sont ceux qui portent ce genre de message.

Bon, petit changement de sujet : quand et comment avez-vous fait l'album Nous, le Venin ? Parce qu'avec Théo en tournée avec Bruit<, entre les différentes dates à droite à gauche...

T : Les gars bossaient pas mal sans moi.

A : Oui, finalement on avance aussi sans Théo. Comme tu dis, Théo est beaucoup absent.

T : En dehors des dates de Bruit<, je rattrapais mon retard ; les gars me faisaient des vidéos parfois pour que je puisse bosser sur des chansons déjà avancées. Et puis il y a eu un moment, en automne, où ça s'est calmé de mon côté, et on s'est mis à faire deux répétitions par semaine. On avait déjà les dates de studio calées, avec un album quasiment fini d'être écrit.

A  : Ah, on s'est mis un gros coup de jus : novembre, décembre, janvier. Ouais, c'est ça, jusqu'à fin janvier. On a eu trois gros mois.

T : En décembre, on a fait les pré-prods au studio, à Laval.

A : Après, on avait un mois de battement, et on est retournés à Laval pour faire la vraie prod. Pendant ce mois de battement, il a fallu bosser un max, parce que tu rentres toujours de pré-prod avec énormément de travail. Tu rentres avec un taf de malade, en te disant qu'il y a la moitié des compos à changer... Bon, j'exagère un peu, mais c'est quand même l'idée. « Ah, il y a des trucs qui marchent pas ! », « Ah, on a un morceau en trop, il faut en sacrifier un, lequel ? »

G : Attendez, vous avez dû faire un tri sur les morceaux ?

A : Ouais, on était partis en pré-prod avec 7 morceaux et on n'a pu en enregistrer que 6.

G : Ah, quand même.

T : On a dû retirer un morceau de quasiment 10 minutes parce qu'il ne rentrait pas sur le vinyle. Donc plutôt un enjeu technique — on ne pouvait pas faire autrement.

G : Et vous le gardez pour plus tard ?

A : On le garde pour plus tard, il existe toujours, mais on verra si on l'utilise ou pas. C'est bien d'avoir des choses en tête, d'avoir une base pour la suite. En tout cas, de ce truc-là naîtra quelque chose pour le prochain album. Je ne suis pas inquiet, il y avait de bonnes idées dedans.

G : Ça s'est déjà vu chez plein d'autres groupes par le passé, avec les limitations techniques aussi.

A : On a toujours plein de maquettes d'avance ; on a des maquettes qu'on n'a pas utilisées sur cet album, qui n'ont même pas servi à faire des V1 de morceaux.

T : Elles sont restées à l'état de maquettes.

A : Donc oui, on a plein de matos d'avance, plus des idées, des riffs, des trucs.

G : Vous avez des bases pour la suite.

A : On n'est jamais trop à court d'idées.

G : Et depuis quand avez-vous les premiers morceaux de cet album ?

T : Ah, les débuts de riffs, c'était pas il y a un an ?

A : Oui, une résidence en juin. On avait plein de maquettes conservées de l'album d'avant, et on a mélangé de vieilles idées et des idées neuves.

T : Et il y a des riffs qui traînent. C'est difficile de dire quand, sachant que certaines maquettes datent de plusieurs années.

A : Et des idées qui sont venues un mois avant le studio. Donc oui, difficile même de donner une période claire. Des idées qui viennent de moi, d'autres d'Olivier ; on a des choses qu'on construit ensemble, en répète. Il n'y a pas trop de règles.

G : Si ça peut vous flatter, ça me fait aussi penser à la composition chez Godspeed You! Black Emperor, où certaines idées naissent au hasard, restent travaillées un peu en répétitions, en concert parfois, et n'arrivent en studio que 4 à 5 ans plus tard, comme le disait Efrim Menuck. Mais ça reste compliqué à savoir, vu le peu d'interviews du groupe et ce refus d'être une personnalité, le visage du collectif.

T : Ah oui, mais ça ne m'étonne pas vu le message du groupe. On avait fait un concert lors d'un festival où ils étaient, au Portugal, et Efrim était vraiment en train de boire des coups tranquille, sans se soucier de son image.

G : Oui, et j'avoue qu'on pourrait parler des heures de Godspeed, mais l'heure tourne. Question concernant Nous, le Venin : à quoi correspond le « nous » ?

T : Bah, c'est « nous » !

G : Vous ?

T : C'est toi, c'est moi... plus lui, plus elle, et tous ceux qui sont seuls. (rires)

G : La pire référence.

T : Surtout depuis qu'il a saccagé sa carrière avec du Oasis sur un piano dans une gare.

G : Ah merde, j'avais oublié.

A : Comment il s'appelait déjà ?

T : Greg ? Grégory ?

G : Grégoire !

T : Bien joué. (rires) Mais sinon oui, c'est un peu ça, c'est nous tous.

A : Alors Olivier t'en parlerait mieux, parce que c'est lui qui écrit les paroles. Mais oui, si on doit définir des pronoms pour les albums : Disgrâce, c'est « tu » ; Insolence, c'est plutôt « je » ; et finalement, Le Venin, c'est « nous ». Tu vois, Disgrâce, c'est un constat sur le monde. C'est triste, une sorte de sidération face à un monde qui part un peu en vrille, comme on le disait avant, avec les violences. Insolence, il y avait un côté « il faut que je me sorte les doigts », « j'ai envie d'agir ». Une sorte d'activisme, tu vois ? Provoquer la révolution. Et Nous, le Venin, c'est un peu un retour en arrière, avec une espèce de constat un peu triste à se dire : « mais en fait, je fais partie du problème ». C'est donc « nous », ici.

G  : C'est une superbe idée, ce pronom.

A : Je ne vais pas faire l'artiste en disant « ça m'est venu comme ça », mais c'est vrai qu'avec le « Nous » sur le dernier album, j'ai vite pensé à ça. Mais à reconfirmer avec Olivier, parce que comme ce sont ses paroles, je ne veux pas trop parler à sa place.

G : Oui, je comprends parfaitement. Qu'est-ce qui a changé dans votre rapport à la musique depuis Animal Bouffe Animal ?

A  : Moi je crois, et je dirais essentiellement, que c'est l'arrivée de Théo qui a changé beaucoup de choses. Parce qu'en fait, nous, on est toujours le même noyau dur initial. Donc on a nos habitudes de vieux gars de 40 ans. Donc même si on teste des choses, finalement ça reste toujours au même niveau, on est dans une plaine. Déjà entre Animal et Disgrâce, il y a un gros écart, parce qu'Animal, c'était les chutes de compos du one-man-band d'Olivier qui s'appelait Vermine, une autre forme de black metal, qui était super bien.

T : Qui n'est pas nazi ! Il faut le dire, parce qu'il existe un autre projet Vermine, mais ça n'a rien à voir.

G : Ok, j'ai eu un doute pendant un instant en entendant le nom.

A : Alors oui, mais Olivier a fait son truc avant l'autre, le nazi. Donc allez écouter le Vermine pas nazi sur Bandcamp, c'est une pochette blanche et c'est super cool.

G : Je mettrai le lien.

A : Merci. Et donc c'est Olivier qui a tout fait, et après il a voulu continuer au format groupe. Il a recruté des gens, dont Maël et moi, sauf qu'on ne vient pas du black metal, on n'avait pas les codes vu qu'on n'en écoute pas, on n'a pas la culture. Olivier nous a appris un peu, et sur Animal, on apprenait avec Olivier qui avait tout fait. Pour Disgrâce, je pense qu'on avait compris les codes et on a pris part à la composition, donc une étape importante. Et là, il y a eu une autre étape avec l'arrivée de Théo. Théo est arrivé et a amené une autre facette, un peu plus noise, une culture un peu plus mur du son.

T : Avec des contrastes sonores.

A : Notre deuxième étape dans la discographie, quand il est arrivé pour l'EP Insolence.

T : L'idée, c'était de sortir un EP le plus « à l'arrache » possible, un truc pour avoir un entraînement, une sortie bonus avant de tourner. Une manière d'essayer de nouvelles choses, de m'intégrer au projet, sachant que je ne suis pas bassiste à la base. Et ça nous a aussi donné une base pour travailler sur la suite.

G : Donc finalement, ce qui a surtout changé, c'est l'arrivée progressive des musiciens ?

T : Oui, et je pense que l'intégration de nos influences dans notre jeu aussi, entre les fans de post-metal et nos groupes préférés en black metal maintenant.

A : Oui, on trouve aussi ce qu'on a en commun pour le travailler. Là, on se situe à la croisée de plusieurs chemins, qui sont nos influences respectives...

Photos de concert par notre beau Gauvain Gaggini

Guillaume W
À propos de l'auteur

Guillaume W

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Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.

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