Converge - Love is not enough
Chroniques
15 Février 2026
Il pleut.
Un samedi comme tant d'autres, gris, les routes sont saturées de voitures à l'arrêt, ah oui, les départs en vacances ... Et c'est aussi la Saint-Valentin. Peut-être que comme moi, vous êtes coincés sur la route des vacances dans cet embouteillage interminable, entouré d'inconnus pressés, fatigués et définitivement désabusés.
Le genre de moment dont on se passerait, on se dirige vers les sorties musicales pour se changer les idées et bonne nouvelle :
Converge est de retour.
Mauvaise nouvelle : Converge est de retour.
Après près de 9 ans sans véritable album, le quatuor de Boston livre un disque fidèle à sa réputation : court, dense et violent mais jamais gratuit ni simpliste.
Jacob Bannon au chant, Kurt Ballou à la guitare, Nate Newton à la basse et Ben Koller à la batterie, le groupe reste donc inchangé depuis 1999 et nous livre 10 titres :
- Love Is Not Enough
- Bad Faith
- Distract and Divide
- To Feel Something
- Beyond Repair
- Amon Amok
- Force Meets Presence
- Gilded Cage
- Make Me Forget You
- We Were Never The Same
Dès son ouverture, son morceau titre, Converge nous pose le décor "Love is not enough"/"l'amour ne suffit pas". Tout est dit. Pas de romantisme naïf, seulement la lucidité d'un monde qui écrase ce qu'il prétend chérir.
Musicalement, Love is Not Enough nous baigne de riffs exceptionnels, Bad Faith, Force Meets Presence ou Amon Amok rappellent à quel point Kurt Ballou n'a pas perdu de son talent à façonner des riffs tranchants, instables et presque physiques.
Chaque morceau construit une tension d'ensemble, telle une colère contenue et nerveuse, qui s'accentue au fil de l'album.
La section rythmique, implacable, maintenant cette pression constante en refusant toute concession, nous refusant ainsi tout échappatoire ou lueur d'espoir.
Mais il serait trop simple de limiter cet album a une simple rage brute/frontale(?) tant l'album est traversé d'ambiances oppressantes, Beyond Repair et Gilded Cage en sont des exemples frappants, des titres étouffants emplis d'une douleur intérieure qui n'explose pas. "This gilded cage is all we know"/"Cette cage dorée est tout ce que nous connaissons", au delà de la brutalité c'est d'enfermement émotionnel, relationnel et sociétal dont nous parle Jacob Bannon, des schémas dont on ne peut s'extraire facilement.
Enregistré et mixé au God City Studio par Ballou lui-même, l'album conserve ce son cru et organique signature du groupe. Rien n'est adouci ou poli, rien n'est rassurant même lors des rares moments plus lents et introspectifs comme Beyond Repair. Ce n'est pas un répit mais plutôt un malaise ... Une pluie fine et sale qui s'infiltre.
L'album arrive à sa fin et nous laisse une frustration difficile à ignorer : l'album est peut-être trop court. À peine plus d'une trentaine de minutes, et une conclusion qui manque d'un véritable coup de grâce. We Were Never The Same ferme le disque honnêtement mais sans être ce morceau final capable de laisser une marque durable. "Nous n'avons plus jamais été les mêmes", on ressent la justesse du propos mais surtout cette envie d'aller plus loin, d'avoir une dernière claque, un vertige supplémentaire, un point final.
Mais malgré cela, il ne faut pas oublier que Converge nous livre un excellent album, sombre, lucide et parfaitement adapté à ce samedi de Saint-Valentin pluvieux. Le groupe ne nous livre pas de faux espoirs et son message est là : l'amour est nécessaire mais pas suffisant. Et parfois, coincé sur la route, dans les embouteillages, c'est exactement ce qu'on a besoin d'entendre.
A propos de Guillaume W
Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.