Diatribe : Les Blackeux, arrêtez de vous comporter comme des cons

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Ah, la rentrée ! Jour de grâce où, revigorés, nous retournons au travail avec joie et sérénité. On entrevoit l’année à venir, on se dit que tout va bien se passer, que le futur est entre nos mains. Ah non, en fait. On me chuchote dans l’oreillette que des crétins d’extrême-droite continuent de dire de la merde sur Internet.

Disclaimer : Tout ce qui sera dit ici sera exclusivement non fun, et sera exceptionnellement agrémenté d’un langage potentiellement vulgaire qui d’ordinaire ne m’est pas connu. Parfois, on est en rogne, ça arrive. Aujourd’hui, c’est le cas.

Le Black Metal, mon genre de musique favori, mais aussi peut-être le plus gangrené par les trous du cul, dans la scène. C’est sans doute un exercice complexe que de remettre en perspective sa propre passion pour un art afin d’en voir ses travers. J’étais assez ignorant à cela quand j’étais adolescent, je n’en écoutais encore que peu et je n’avais pas forcément les clés pour voir certains constituants de ce milieu, que j’ai réellement appris à connaître en tant que jeune adulte en allant à des concerts et en rencontrant des gens. Et quelle désillusion ! On ne réalise que la peste existe que quand elle est déjà là.

Ah, le Steelfest. Un festival de Black Metal qui désormais est bien connu en Finlande, qui a su proposer des affiches incroyables pour les amateurs du genre, mais qui a aussi couramment pu avoir la fâcheuse habitude de caler dans sa programmation un ou deux groupes borderline, voire complètement de l’autre côté. Rappel à tous nos lecteurs : Le NSBM, c’est mal. Cette année, le festival a fait beaucoup plus fort que d’habitude, car ce n’est pas un ou deux groupes qui posent problème, mais carrément une dizaine d’entre eux… Pour un festival avec une quarantaine de groupes à l'affiche, ça fait BEAUCOUP.

A l’annonce de leur affiche, fin août, effusion de réactions en tout genre sur Internet, dont évidemment des gens, moi y compris, outrés par la présence d’autant de projets discutables, et inquiets par rapports à certains groupes plus sympathiques, comme Samael ou Melechesh, qui devaient partager l’affiche avec nos pagano-vikings ultra-SS trve métale extrême. Depuis, ces groupes se sont retirés de l’affiche, et en soi, c’est une bonne chose que de se dédouaner d’une quelconque relation avec des groupes d’extrême-droite.

Certains diront : « Mais les groupes font de la bonne musique, quand même ». Oui, et je ne vais pas dire le contraire. J’ai déjà écouté certains des groupes à l’affiche, voire même beaucoup écouté certains. Je peux trouver que des groupes comme Graveland ou Infernal War font de la bonne musique, en tant qu’amateur du genre dans lequel ils officient. Mais tu peux être le plus grand virtuose du monde, si tu fais de la propagande suprémaciste, raciste, que tu emploies des imageries très discutables, que tu trouves que le IIIè Reich c’est cool, t’en seras pas moins une grosse ordure.

Certains diront que les groupes s’intéressent à leur histoire païenne, aux guerres parce que le Black s’inspire de l’histoire et de ses multiples violences, c’est un genre sombre et autodestructeur, donc c’est ok de faire ça et de parler de trucs qui choquent ou qui font polémique. Oui, mais mon cher Jean-Viking, l’histoire, ça me connaît pas trop mal en vrai, et je peux te dire une chose : dans la musique comme ailleurs, il y a deux façons de s’intéresser à l’histoire. Une seule est la bonne.

1 : Tu t’intéresses à l’histoire d’un pays, d’une culture, parce que c’est une des sciences les plus importantes de l’humanité, que tu souhaites découvrir, redécouvrir et faire découvrir.

2 : Tu t’intéresses à l’histoire de ton pays, de ta culture parce qu’elle est forcément meilleure que celle des autres, en particulier quand les autres ne sont pas blancs européens.

Croyez-moi, le public sait faire la différence.

J’ai vu et entendu beaucoup dire que les fans étaient des femmelettes, fragiles ou autres, et que, le Black Metal n’étant pas un milieu pour Bisounours, ces faibles n’ont qu’a ne pas être là. En particulier, ces discours mettent l’accent sur le fait qu’il faut « Make Black Metal Dangerous Again » ; rendre le Black dangereux, à nouveau, en français dans le texte. Toute ressemblance au slogan d’un homme politique orange est tout bonnement fortuite.

Mais, je me demande, dangereux pour qui, au juste ? Toi, Jean-Charles, amateur de métal noir, quand t’es-tu déjà senti en danger à un concert de Black ? Quand as-tu déjà entendu un groupe ou un fan tenir des propos désagréables à l’encontre de tous les Jean-Charles de la planète ? Jamais peut-être. Est-ce qu’un fan ou un musicien t’a déjà insulté ou pire parce que tu t’appelais Jean-Charles ? Peu probable.

Vous, les fans de Black Metal qui appellent au retour du danger dans la scène, vous ne savez même pas ce que c’est. Un gamin de 14 ans, qui se fait cogner à la sortie de l’école à cause de son prénom, lui, il sait ce que c’est le danger. Une femme, qui se fait tripoter par des gros cons qui se croient tout permis, elle, elle sait ce que c’est le danger. Un fan de Black, qui dit à ses potes en festival de Black, où il y a résolument dans le public des gens très peu fréquentables, de ne pas utiliser son vrai prénom, au risque d’avoir des emmerdes, lui, il sait ce que c’est le danger.

Le premier festival de Black où je suis allé, en 2016, il y avait un homme, en treillis, le genre qui a toute ma masse musculaire dans un seul bras, qui faisait des saluts nazis pendant tout le set d’un groupe qui jouait ce soir-là. Il était seul, mais pour moi, il prenait toute la salle. Ce gars-là, n’a peut-être frappé personne ce soir-là, mais lui, c’était le danger. C’était le danger, parce que ce gamin de 14 ans qui s’est pris des gnons à la sortie de l’école par des prétendus néo-nazis, c’était moi ; parce que ce fan qui a déjà pu choisir de ne pas utiliser son vrai prénom au cas-où, c’est moi.

Au deuxième festival de Black où je suis allé, en 2018, à une époque où je connaissais bien mieux les « t-shirts à éviter », j’ai vu un défilé de croix gammées et de croix celtiques (mes excuses aux celtes, les gens d’aujourd’hui font vraiment de la merde avec votre héritage culturel). Kommando Peste Noire, Asgardrei, Absurd, M8L8TH, et j’en passe… J’ai même vu un gars avec tonton Adolf tout souriant et une croix gammée sur le t-shirt. Classe. Je pense pouvoir émettre avec un certain degré de certitude que ce sont des gens comme ceux-là, qui veulent rendre le Black dangereux again. Mais ça n’a jamais été pour eux que le genre l’était. Et il ne le sera jamais pour eux, car en le rendant dangereux, ils s’approprient la niche et en excluent les gens qui s’y sentent en insécurité. Et faut dire que ça marche. Je n’ai plus envie d’aller aux festivals où je suis allé, dans lesquels j’ai eu des expériences comme celles-ci. J’ai souvent eu le sentiment que ces gens croyaient posséder ce milieu, et si on ne fait rien, ce sera un jour le cas.

Je ne vous parle pas des autres festivals où je suis allé.

Mais moi, en tout bon fils d’immigré que je suis, et en tant que fan de Black, de Metal, de musique, je veux pouvoir vivre sereinement cet art partout où je vais. En fait, comme vous, quoi. Le danger que vous invoquez ne sert qu’à renforcer l’image de gros dur pseudo-névrosé que la société déteste que vous vous donnez. Mais rappelez-vous bien d’une chose. La vraie violence, ce n’est pas celle que l’on commet. C’est celle que l’on subit. La violence que vous infligez aux autres par vos mots, vos discours, vos imageries et vos gestes n’aura jamais d’incidence sur vous-même, car vous vous croyez en votre bon droit. Ce danger, il est pour nous.

Vous ne savez pas ce qu’est la violence. Satan, la guerre, la brutalité pure et dure, pour vous, c’est subversif, c’est des trucs de bonhomme, vous vous renforcez dans ces imaginaires. Mais ces imaginaires, comme le terme l’indique, ne sont pas réels. Ils ne font pas partie du paradigme dans lequel vous évoluez aujourd’hui. Ils ne sont que des images que vous accolez à votre personnalité. Aucun groupe qui parle de Satan ou de la Seconde Guerre mondiale parce que c’est « trve » ne sera jamais aussi violent qu’un projet qui parle de la vraie souffrance : celle que l’on ressent. Tout ce que vous voyez dans des groupes comme Satanic Warmaster ne sont que des fantasmes. Vos fantasmes, dans lesquels vous vous sentez plus forts, mais qui ne sont rien de vous-même.

La vraie douleur, elle est inscrite dans votre chair, votre sang et votre esprit. Et, retranscrite en musique, on peut percevoir une part de la violence qui en est la cause. Vous ne trouverez pas ça dans ce genre de groupes. Vous trouverez ça dans les projets de gens qui utilisent ces sons comme leur rédemption et salvation, comme Lingua Ignota ou Mizmor. Mais vous pensez, à renfort de virilisme acerbe, que celles et ceux qui expriment leurs émotions ainsi sont des faibles, ou comme on dit dans le milieu, « pas trve ». Comprenez bien que c’est facile de faire un discours de haine primitif et stupide, sur fond de satanisme ou de paganisme décérébré. Alors que, parler de ses sentiments profonds pour se résoudre à les accepter et avancer, c’est bien plus difficile. Conclusion : la difficulté, la peine, c’est sans doute pas « trve ». Quelle erreur…

Vous, les fêtards abreuvés de bière, vous confondez la violence et le danger avec vos fantasmes. Vous vous amusez, peut-être, à écouter ce que vous écoutez, vous trouvez ça fun. C’est une approche légitime, soit, mais la souffrance et la douleur, elles, qui sont les résultantes du danger que vous vénérez, ce n’est pas fun. Cela ne le sera jamais. Parce que ce genre d’expression, ce n’est pas censé être amusant, ni plaisant. On y trouvera un écho à nos propres tourments, peut-être, et ça nous aidera à progresser, sûrement. Mais ce n’est pas fun.

Enfin, tout ça pour dire que cela n’a rien à voir, et n’aura jamais rien à voir avec le produit de frustrés de l’ère moderne cosmopolite et inclusive et de nostalgiques de temps révolus.

Le jour où un inconnu questionnera votre appartenance à un mouvement musical, votre appréciation dudit mouvement à cause de votre apparence, peut-être que vous changerez d’avis. Mais ça n’arrivera probablement pas, car on n’entendra sans doute pas quelqu’un dire « Quoi, tu t’appelles Jean-Michel et t’écoutes du Metal ? ». Non, ce qu’on entend, c’est « Quoi, tu t’appelles Hakim ? T’es arabe et t’écoutes du Metal ? » Ça, ça fait mal.

A tous les groupes, qui, au vu de ce qui s’est dit et de ce qui s’est passé, veulent se retirer du Steelfest parce que c’est un ramassis de fafs, et que ça ne correspond pas aux valeurs que vous défendez, vous avez tout mon soutien. Et si malgré tout, vous souhaitez jouer quand même, alors il faut que votre show envoie un message politique et antifasciste fort pour remuer tout ce tas de merde. Je me rappelle ce que Simon, de Dawn Ray’d, m’avait dit en interview, et je le rejoins là-dessus. « Malheureusement, on peut certes se retirer d’une affiche, mais ça n’empêchera pas les groupes de NSBM de jouer et de répandre leur message nauséabond. Si on joue, et qu’on donne sur scène notre discours politique, qu’on parle vraiment au public de ce que nous défendons, de l’importance de notre combat ; s’il n’y a même qu’une seule personne dans ce public que ça va permettre de changer et de rallier à la bonne cause, alors nous tenons un bout de victoire. »

A tous les gens qui appellent à la révolte contre les gauchistes qui viennent pourrir leur groove, je n’ai qu’une seule chose à dire : Allez bien vous faire cuire le cul. Cette scène a des tas de problèmes, et vous en êtes un. Il est difficile d’imaginer qu’on puisse soutenir des groupes de NSBM sans avoir une certaine affinité pour leur univers. Je le répète, les nazis, c’est mal. Les pédophiles, c’est mal. Et pour ceux qui voudraient tenter d’apporter de la nuance en disant que le plus important, c’est la musique. J’aimerais tellement pouvoir vous donner raison. J’aimerais tellement pouvoir dire que le plus important, c’est la musique qui nous unit et que nous aimons tous unilatéralement. Mais c’est impossible, parce qu’on ne peut pas laisser certaines personnes jouer. Ou tout du moins, si on ne peut les empêcher d’exister, on peut au moins se révolter de leur existence.

La liberté d’expression, c’est l’atour préféré de ceux qui n’ont jamais eu de problèmes, parce qu’une certaine majorité ou certaines communautés sont de leur côté. Dire ce qu’on veut sans se soucier des conséquences en prétendant être dans son bon droit de dire les choses les plus ignobles qui soient, c’est vachement plus simple quand des conséquences, on n’en subit pas.

Et dans les faits, je ne peux moi-même pas vous empêcher de dire des conneries sur Internet ou en concert. Mais à défaut, je peux quand même vous traiter de gros cons. Et quand vous faites de la merde en concert, je peux réagir, car les violences, quelles qu’elles soient, dans le monde de Bisounours auquel j’aspire, ne sauraient être impunies.

C’est quand même ridicule de penser qu’une communauté qui se veut à la marge du modèle sociétal établi puisse elle-même ostraciser des personnes qui voudraient en faire partie. Eh oui, la communauté Metal, c’est le vrai fun, comme toujours. On n’est pas rendus, comme on dit. Heureusement, tout n’est pas si noir, je ne remercierai jamais assez toutes les personnes avec qui il a été cool et safe d’aller en concert ou en festival. Toutefois, le combat qu’on doit mener à stopper les malversations de l’extrême-droite, pour rendre ce milieu vivable pour les minorités qui y résident, n’est pas fini.

Je reste ouvert à qui que ce soit, pour continuer de défendre ma part du gâteau au Black Metal, pour d’autres discussions, ou ce que vous voulez. Et pour ceux qui viendraient me dire dans l’oreillette que je ne suis qu’une grosse raclure islamo-gauchiste, je vous rétorquerais : Ben oui, je le vis bien.

Le Black Metal est à nous tous. Personne n’a le droit de se l’approprier pour lui-même. Celles et ceux qui veulent en jouir doivent tous pouvoir se sentir chez eux. Point final.

PS : Après tant de non fun, une petite lueur d’espoir pour les amateurs de Black qui veulent essayer de trouver des groupes safe. Allez suivre sur YouTube et Facebook The Antifascist Black Metal Network, organisme qui promeut de nombreux groupes cools, je vous mets le lien de leur chaîne ici.
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Par Hakim - 06/09/2021

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