Otay:Onii - Love Is In The Shit

Otay:Onii - Love Is In The Shit

Chroniques 6 Mai 2026

Otay:Onii - Love Is In The Shit ou la fascination pour l'inattendu

Le 8 mai 2026 sortira le nouvel album du projet Otay:Onii. Une artiste très prolifique aux multiples casquettes, qui, après deux collaborations avec l’artiste thisquietarmy en 2025, revient avec un album solo : Love Is In The Shit.

Rien qu’avec les photos accompagnant la sortie, une chose nous frappe : l’écart saisissant entre la pochette et la photo promo !

D’un côté l’artiste en tailleur faisant mine d’avoir déféqué une bouse de cheval et de l’autre une photo promo d’un instant euphorique qui aurait pu se trouver dans n’importe quel album de pop star ou de film de genre. (crédit photo : Zhao Lanxin)

Bref, devant quoi sommes-nous tombés ?!

Après avoir découvert Otay:Onii au Roadburn Festival 2025 où l’artiste jouait son album “True Faith Ain​’​t Blindsur un grand piano avec de multiples pédales d’effets, puis sa collaboration avec thisquietarmy la même année où Drone et Ambient se mêlaient avec la versatilité du chant d’Otay:Onii ; j’étais plus que prêt à découvrir cette nouvelle proposition.

Du moins c’est ce que je pensais, car tous les projets de l’artiste sont singuliers, voire quelque peu farfelus, et Love Is In The Shit ne fait pas exception…

L’album se décompose de la façon suivante :

L’album commence par ce qu’on pourrait appeler un morceau “habituel”. En effet, les premières minutes de Have You Ever s’accompagnent d’un synthé, de sonorités électroniques et du chant toujours versatile de Otay:Onii. Un voyage dans lequel se mêlera tout de même une partie bien plus intrigante : Lane Shi y délaissera l’anglais temporairement pour chanter dans sa langue maternelle, le “Tu Hua”, un dialecte de Haining en Chine. Des mots suspendus qui se superposent sur toute une partie lancinante composée d’une même boucle jouée au clavier nous amenant vers un étrange bourdon puis vers la suite plus fournie du morceau. Plusieurs boucles s’empilent, les voix se superposent, des cris surviennent, le bruit s’installe, ça y est, la machine est lancée. Nous ne savons déjà plus sur quel pied danser.

Love From Survivors continue sur cette lancée bruitiste avec son entrée au bourdonnement assourdissant, presque malsain, puis viennent d’outre-tombe les hurlements déchirants de Lane Shi entrecoupés par quelques moments chantés ou juste parlés. Un morceau qui pourra certainement rappeler sa précédente collaboration avec thisquietarmy de par son étrangeté et son côté dense. Du moins, ce qui est le cas jusqu’au dernier tiers, où le paysage sonore s'éclaircit quelque peu avec l’apparition d’une batterie électronique quasi Pop nous apportant un repère bienvenu. Elle sera d’ailleurs dérangée par quelques pops ici et là qui vous interrogeront certainement sur la qualité du pressage de votre vinyle sur la fin du morceau.

Sans fioriture, nous passons à World Class Citizen, un interlude, ou plutôt les prémices à No Talent. Un moment assez déboussolant où Lane Shi semble chantonner une chanson qui serait transformée continuellement par différents effets électroniques, lorsqu’ils ne seront pas entrecoupés par un bip sonore ou un éclaircissement de gorge.

Mais c’est en découvrant No Talent que l’on comprend mieux ce qui se tramait avec le morceau précédent. Le silence se remplit d'un piano burlesque et de la voix de Lane Shi, plus naturelle, chantant la même mélodie. Ce n’est qu’avec l’arrivée de percussions étranges et dissonantes que le morceau prend un second souffle plus cacophonique avec plus d’instruments et de distorsions étranges. Ce qui n’aura pas d’autres effets que de nous perdre davantage encore plus que les dernières fois. Il faut dire que nous sommes loin d’être ménagés par ce que nous traversons.

C’est donc avec une joie non dissimulée que nous tomberons sur le début de The Plaice avec son piano et la voix de Lane Shi. Par contre, il fallait se douter que lui non plus ne nous laisserait pas nous reposer. Quelques apparitions étranges, étalées de manières disparates, viendront clairement nous présager de ce qui arrivera au bout de ce moment beaucoup plus paisible : un déferlement d’énergie et de chaos.

Tout sera tourbillonnant et nous serons alors encore plus ballottés jusqu’à la prochaine accalmie. Un moment qui ne tardera pas trop et qui sera d’autant plus agréable qu’il nous accompagnera quasiment jusqu’à la fin du morceau sans nouvelles péripéties trop perturbantes.

Underdog Bark commence par des aboiements et des cris distordus et désincarnés, baignés dans des effets plus dissonants les uns que les autres. Cette cacophonie prend néanmoins fin avec l’arrivée d’un bourdon simple. Avant ce “silence” nous aurait dérangé, tellement qu’il peut être annonciateur d’autres étrangetés, mais ici il sera accueilli les bras ouverts, nous offrant une nouvelle fois une pause bienvenue. Même si ce dernier sera troublé par les réminiscences de lignes vocales d’Otay:Onii et d’autres bruits quasi surnaturels.

Certaines personnes pourront parler d’apothéose finale avec Tears Won’t Tell. En effet, avec quasi 11 minutes, ce morceau est le plus long sans équivoque de toute notre aventure.

Et l’intro quasi grandiloquente, digne d’un film de science-fiction bien épique, ne nous calmera pas dans cette impression. D’autant plus que derrière ces différentes couches de synthés et de claviers, on retrouverait presque un côté banal qui est presque rafraîchissant après notre voyage.

Clairement le titre le plus surprenant de l’album car on était loin de se douter que notre périple bruitiste et étrange pouvait se conclure par un morceau de cette envergure.

Les chœurs d’Otay:Onii ne renforcent d’ailleurs que cette impression de grandeur puisqu'elle accompagne avec justesse tout un crescendo qui s’installe petit à petit par l’arrivée de nouvelles couches d’instruments et de percussions.

Certainement la partie du disque la plus accessible à nos oreilles, même si ce morceau renferme toujours des éléments un brin bruitistes, il arrive à installer une atmosphère beaucoup plus mystérieuse et ensorcelante que ses prédécesseurs. Le genre de morceau qui nous donne envie de nous replonger dans cette aventure bizarre.

Tears Won’t Tell nous réserve quand même quelques surprises dans sa conclusion que je vous laisse découvrir sans vous gâcher quoi que ce soit. Peut-être juste en vous disant que l’histoire qui nous est suggérée est encore loin d’être paisible.

Bref, c’était donc Love Is In The Shit d’Otay:Onii. Un album très difficile à appréhender, mais on s’en doutait, qui ne cesse de se révéler au fil des écoutes.

L’album est rempli de contrastes musicaux ou d’atmosphères, il en est de fait très perturbant lors des premières écoutes. Après, on se surprend à aimer autant de chaos et le désordre originel devient une boussole à chaque nouvelle écoute. Mais loin d’être un voyage paisible, l’album ne sera jamais douillet avec nous et ne manquera pas de nous balancer à tout va au gré de ses envies.

Il en ressort une aventure sonore très éclectique emplie d’expérimentations et de recherches sonores.

J’en viens presque à regretter de ne pas avoir acheté le disque lors du Roadburn Festival pour pouvoir me plonger dans les paroles, si elles existent, avant d’en faire cette chronique. Cela aurait pu m’apporter certains éclaircissements sur ce que je vivais.

En tout cas, je peux vous laisser avec quelques mots de l’artiste disponibles dans le dossier de presse :

“ Cet album parle de ce que nous ne pouvons pas fuir : le bruit, le poids, le chaos du monde des autres, de nos propres esprits et corps. Ce qui est abîmé est abîmé, nous ne pouvons rien y changer. Pourtant, au cœur de cette souffrance, naît notre processus de guérison, notre capacité à nous accrocher à quelque chose. Le fardeau se mue en alchimie : il se transforme en passion, en ce qui nous fait vibrer. En choisissant ce qui nous anime, nous ne nous perdons pas – et c’est de cet ancrage que nous pouvons nous donner davantage aux autres. »

« Je n’impose aucune forme aux chansons ; elles vont là où elles doivent aller sur le moment. Le véritable défi se poursuit sur scène, où je construis des installations ou des machines bien spécifiques pour transporter l’atmosphère de l’album dans une autre dimension. Pour « Love Is in the Shit », j’ai créé – et je continue de façonner – un dispositif de distorsion sonore qui ressemble à un tas d’excréments émergeant d’un lotus. En le faisant tourner, le son se transforme, révélant l’essence de la « merde » que nous recevons – et comment, à travers notre propre perspective, nous pouvons la changer. Pour moi, l’album n’est que la moitié d’un récit ; les performances en concert constituent la seconde moitié qui le rendent enfin complet. »

Et ça tombe bien, elle sera à l’affiche de quelques festivals cet été, notamment le Pelagic Festival, et sera en fin d’année à Paris avec And So I Watch You From Afar ainsi que Caspian.

A propos de Gauvain

Jadis chroniqueur acharné, Gauvain préfère dorénavant occuper son temps libre à l'animation de lives hebdomadaires sur notre chaîne Twitch à la découverte de groupes intéressants. La légende raconte qu'on y passerait jamais de Metal... Il n'est cependant pas rare de le voir publier quelques articles à l'année quand l'envie lui prend.