Junon - Dead Ends & Other Failures - Part One
Chroniques
1 Mai 2026
Un premier acte court mais percutant, qui pose des bases solides pour une trilogie prometteuse.
Deux ans après Dragging Bodies To The Fall, le groupe Junon amorce un nouveau chapitre avec un projet ambitieux pensé en trois Volets.
Dead Ends & Other Failures - Part One, en est l’ouverture, le reste étant attendu entre 2026 et 2027, il s’inscrit dans la continuité esthétique du groupe tout en affirmant une approche plus resserrée et frontale.
Seulement quatorze minutes, mais quatorze minutes qui explore une matière sombre, introspective, où se mêlent fuite, échec et confrontation à soi-même.
Trois morceaux, trois trajectoires tendues qui oscillent entre chaos maîtrisé et contemplation progressive.
"The Chaser" impose immédiatement la dynamique de l’écoute. Pièce maîtresse de cet EP, le morceau est construit autour d’un riff massif en 5/4, le morceau joue sur une instabilité presque permanente, renforçant cette sensation de course désespérée qui le traverse de bout en bout.
Les différentes voix de Junon s’y répondent avec une intensité remarquable : growls, screams et voix claires se mêlent sans jamais s’annuler, créant une tension constante entre violence et fébrilité.
Une dualité qui trouve un écho direct dans le clip qui accompagne le morceau, où cette poursuite sombre prend forme à l’écran.
Réalisé par Charles Masset et Thomas Ayrinhac, le clip prolonge l’univers du titre dans une esthétique flirtant avec le cinéma de genre. La figure du “Chaser” incarnée par Vasileios Malevitis, devient alors une représentation extérieure des parts de soi que l’on tente d’oublier.
Vient ensuite "Videodrome", entre tension et rupture.
Junon pousse plus loin le travail des structures instables en utilisant les mesures à 5 temps comme colonne ininterrompue au morceau, lui donnant une impression de déséquilibre.
La première moitié évolue dans une atmosphère pesante, presque oppressante, avant de laisser entrevoir une ouverture plus lumineuse. Un basculement subtil qui évite toute résolution facile. Comme à son habitude, le groupe préfère jouer sur la frustration, étirant la tension du morceau jusqu’à sa fin, presque trop soudaine, laissant l’auditeur en suspens.
Dernière piste de l’EP, "Try to Breathe" agit comme une fausse accalmie.
D’une introduction lourde et étirée, née un espace où la saturation semble s’estomper pour laisser place à des sons plus aérés.
Le chant clair s’impose alors, accompagné d’une rythmique plus stable qui contraste avec les deux morceaux précédents. La stabilité est donc retrouvée, ou du moins suggérée, ancrant davantage le morceau dans une tradition post-métal assumée.
Impossible de ne pas penser à Cult of Luna ou Amenra dans cette manière de construire ces montées progressives, où chaque instrument s’imbrique dans une évolution continue.
Mais Junon y projette sa propre identité : un sens du déséquilibre et de l’attente qui ne disparaît jamais totalement.
Malgré ses qualités évidentes et une construction soignée, "Try to Breathe" peine à provoquer le même déclic que les deux premières pistes, qui marquent instantanément par leur intensité et leur urgence.
Le morceau se conclut sur une power chord suspendue, laissée en apesanteur, comme une promesse inachevée, un rappel évident que ce Part One n’est qu’un fragment d’un ensemble plus vaste.
Mais alors, que vaut l’EP ?
Court mais particulièrement dense, Dead Ends & Other Failures - Part One marque un retour convaincant pour Junon. Le groupe renoue avec certaines idées et aspects de ses débuts (notamment celles de son époque “General Lee”) tout en peaufinant une écriture plus directe, plus urgente.
Les rythmes instables, les riffs à trois guitares, les montées en puissance aux accents quasi apocalyptiques et les voix hurlées témoignent d’une formation qui maîtrise parfaitement ses dynamiques, sans jamais tomber dans la démonstration gratuite.
Reste maintenant à voir comment Junon continuera d’explorer ces tensions avec ses deux prochains volets.
A propos de Guillaume W
Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.