Chronique multi-albums Mars Avril 2026
Chroniques
13 Avril 2026
Entre douceur et écrasement : cinq visions de la musique actuelle
Ces dernières semaines ont vu paraître une quantité d’albums qui, malgré des différences flagrantes et apparentes, partagent un point commun : ils méritent qu’on s’y attarde.
Entre introspection, expérimentation et énergie brute, la diversité est au rendez-vous, autant que la qualité.
De Snail Mail à Sunn O))), en passant par les québécois de Angine de Poitrine, voici les 5 albums à ne pas rater en ce moment.
Snail Mail - Ricochet
Avec Ricochet, Snail Mail continue de creuser une écriture de plus en plus introspective, s’éloignant progressivement de l’urgence adolescente de ses débuts. Derrière ce projet porté par Lindsey Jordan, on retrouve une volonté de ralentir, de poser les choses, d’explorer des thématiques plus lourdes (solitude, perte, passage à l'âge adulte,...).
L’album est d’ailleurs salué par les fans pour sa maturité et sa capacité à installer une douceur presque permanente, sans jamais chercher l’explosion.
Certains morceaux ("Cruise" ou "Reverie") se distinguent particulièrement par leur capacité à suspendre le temps, laissant respirer les émotions dans des arrangements plus riches et nuancés.
Une œuvre qui préfère la persistance à l’évidence, et qui finit par s’imposer sans effort.
Angine de Poitrine - Volume 2
Angine de Poitrine confirme avec ce deuxième volume qu’il est possible de faire de la musique complexe sans jamais se prendre au sérieux. Quelque part entre un groupe de math rock qui aurait avalé une boîte de Lego, un cartoon sous acide et une fanfare coincée dans un synthétiseur défectueux, le duo propose un disque aussi absurde que jubilatoire.
Difficile de parler du groupe aujourd’hui sans évoquer le tournant qu’a représenté la diffusion de leur passage chez KEXP (les Transmusicales de Rennes) en février dernier. En quelques semaines, le live est devenu viral, propulsant le duo québécois bien au-delà de la scène underground francophone. Un succès fulgurant, presque improbable, pour une musique qui, sur le papier, aurait pu rester confidentielle.
Et pourtant, ça fonctionne. On saluera cette capacité improbable à rendre dansant et accessible un univers pourtant rempli de ruptures, de microtonalités, de structures imprévisibles. Chaque morceau semble prêt à partir dans tous les sens, mais retombe toujours sur ses pattes avec une légèreté désarmante. Là où d’autres seraient hermétiques, Angine de Poitrine choisit la joie, une joie sonore constante, qui transforme la complexité en évidence..
Corrosion of Conformity - Good God / Baad Man
Après moults années d’absences, le groupe américain revient avec un album qui joue sur la dualité annoncée dès son titre. Entre lourdeur sludge, groove southern et racines punk, le groupe oscille constamment entre deux états : maîtrise et chaos, voire tradition et évolution.
Ce retour s’accompagne d’ailleurs de changements notables au sein du groupe. Depuis leur précédent album, la formation a évolué, notamment avec le départ de certains membres historiques et une reconfiguration de l’équilibre interne. Sans chercher à bouleverser totalement leur identité, le groupe semble ici recentrer son propos, revenant à quelque chose de plus brut, presque plus direct dans l’intention. Une manière de redéfinir son son sans le trahir.
Les morceaux les plus marquants reposent sur cette tension : capables de passer d’un riff écrasant à une section plus aérienne sans perdre en cohérence. Si certains y verront un disque classique dans sa forme, on trouvera agréable au contraire cette capacité à rester fidèle à ses fondations tout en gardant une énergie intacte. Un retour solide, qui ne cherche pas à surprendre à tout prix, mais à rappeler pourquoi le groupe reste une référence.
Chamber - this is goodbye…
L’excellente surprise de ce début d’année.
Pour ceux qui ne connaissent pas encore Chamber, on ne va pas se mentir, this is goodbye… est une entrée en matière plus que brutale.
Le groupe originaire de Nashville, s’est imposé dans la scène hardcore moderne avec un son à la croisée du metalcore, du mathcore et du noise le plus chaotique. Ici, pas de compromis : l’album est dense, agressif, parfois même inconfortable.
L’écoute nous frappe immédiatement, révélant une richesse avec le temps, à force de revenir sur ces structures complexes et ces cassures permanentes.
Certains titres explorent une violence frontale, presque suffocante, tandis que d’autres jouent davantage sur la dissonance et la tension.
Un projet qui saura marquer les passionné.e.s de moshpits intenses, qui se mérite autant qu’il se subit.
Sunn O))) - Sunn O)))
À l’opposé de tout ce qui précède, les saints patrons du style drone continuent d'explorer une musique qui dépasse la notion même de morceau.
Le son devient ici une matière, une masse presque physique. L’album nous happe par un aspect hypnotique, écrasant, où chaque note semble peser plusieurs tonnes.
L’écoute au casque prend alors tout son sens : elle permet de saisir les nuances, les vibrations, les imperfections qui composent ce mur sonore.
Là où certains jouent sur la vitesse ou l’impact, Sunn O))) impose une lenteur qui rase tout sur son passage. Une expérience exigeante, certes, mais d’une efficacité redoutable pour qui accepte de s’y abandonner.
Cinq albums, cinq approches, et autant de façons de marquer l’écoute. Qu’ils soient introspectifs, techniques, violents ou expérimentaux, tous partagent cette capacité à s’imposer durablement, chacun à leur manière. Mais au-delà de cette sélection, d’autres projets viennent rappeler que la richesse des sorties actuelles ne se limite jamais à quelques noms.
Entre évidence et surprise, les sorties d’albums de 2026 se réinventent et nous offrent une vue toujours plus diversifiée sur une scène plus discrète qui n’a de cesse de nous surprendre…
En parlant de surprise :
BONUS - Shoreline - Is This The Low Point Or The Moment After ?
Et parce que certaines sorties passent parfois sous les radars malgré leurs qualités évidentes, difficile de ne pas évoquer le dernier album de Shoreline.
Le groupe allemand continue d’affiner son mélange d’emo, de punk et de rock alternatif avec une sincérité qui frappe dès les premières écoutes. Là où d’autres projets misent sur la complexité ou l’expérimentation, Shoreline choisit une approche plus directe, presque évidente, mais jamais simpliste. Les morceaux s’enchaînent avec une efficacité redoutable, portés par des mélodies accrocheuses et une énergie contenue qui ne demande qu’à exploser sur scène.
Moins spectaculaire que certains albums évoqués plus haut, ce disque n’en reste pas moins marquant. Il s’impose autrement, par sa justesse, par sa capacité à toucher sans détour. Une proposition plus discrète, mais loin d’être secondaire.
A propos de Guillaume W
Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.