Softcult - When a Flower Doesn't Grow
Chroniques
4 Avril 2026
Easy Life Records - 24 janvier 2025
Ou l’art de réapprendre à écouter.
Il y a des albums que l’on écoute mal, trop vite, distraitement ou avec les mauvaises attentes.
Pour moi, When a Flower Doesn’t Grow fait partie de ceux-là. À sa sortie, je pensais lancer un disque de shoegaze parmi d’autres, une nappe brumeuse que j’imaginais plus proche du post-rock qu’autre chose à laisser défiler sans y prêter attention.
Une erreur, clairement. Car dès la seconde écoute, plus attentive, plus d’un mois après, j’ai compris à quel point j’étais passé à côté d’une œuvre qui m’accompagne désormais quotidiennement.
Softcult est avant tout un duo, deux adelphes, Mercedes (she/they) et Phoenix (they/them) Arn-Horn, avec l’ambition d’un projet plus riche qu’il n’y paraît.
Certes, les textures sont bien connues : guitares noyées dans un son vaporeux, des voix effacées dans une reverb et des ambiances floues. Mais réduire l’album à cela serait passer à côté de l’essentiel. Le shoegaze n’est pas le but final du groupe mais un moyen de diffuser son message.
Très vite, le projet révèle une dualité qui constitue sa force principale. Avec d’un côté, des morceaux planants, aériens, fragiles, nous plongeant dans des mélodies douces. Et de l’autre, des titres frontaux, punk, hérités du mouvement riot grrrl, créant une tension et un sentiment de violence subie.
Une alternance qui ne relève pas juste d’un contraste esthétique mais bien là pour donner du relief à l’ensemble, pour éviter à l’album de tomber dans la monotonie que l’on pourrait craindre au vu des premiers morceaux.
Car oui, disons le clairement, When a Flower Doesn’t Grow est un ensemble profondément cohérent. Trop, diront certains. Les morceaux s'enchaînent avec une fluidité telle qu’ils finissent parfois par se confondre. Mais cette sensation n’est pas un défaut, l’album suit sa propre logique, sa propre structure, sa progression émotionnelle, faisant sens une fois vu dans sa globalité.
Cette cohérence dépasse le cadre musical, car le titre lui-même évoque une chose entravée, interrompue dans son développement.
Une image qui résonne avec les thématiques abordées par les adelphes. Entre rapports de pouvoir, traumatismes, reconstruction et refus d’autorité. Elle fait également écho à l'esthétique visuelle du projet : Délicatesse apparente mais transpercée par une violence extérieure. Rien n’est gratuit, tout semble pensé comme un ensemble.
Parmi les morceaux qui participent à l’équilibre de l’album, "I Held You Like Glass" occupe une place particulière.
Souvent cité comme l’un des titres les plus marquants de l’opus, il incarne cette tension entre fragilité et brutalité, évoquée plus tôt, qui traverse l’ouvrage. La composition semble presque simple, cette suite d’accords qui tourne en boucle et la lente montée en puissance sait nous attirer. Les guitares, toujours plongées dans ce son embrumé, laissent place à l’émotion, le chant s’expose, renforçant un sentiment de vulnérabilité. Un titre touchant, qui semble fissurer l’ensemble de l’album, régulièrement considéré comme l’un des sommets du disque avec "Queen of Nothing".
Moins immédiat que "I Held You Like Glass", "When a Flower Doesn’t Grow" s’impose, à mon sens, comme le centre de gravité du disque. C’est là que tout se rejoint : textures aériennes, tensions, mélodies mais surtout, le propos du disque.
A la fois fragile et intense, libre et bouleversant, celui-ci s’installe, semble prendre son temps jusqu’à révéler toute sa portée. Il ne joue pas seulement un rôle de point culminant, c’est aussi le point de convergence d’un ensemble, qui éclaire tout ce qui le précède.
Une lumière bienvenue pour l'arrivée au bout de cette traversée.
Reste que tout cela n’est pas exempt de défauts. Son approche pourrait sembler trop atmosphérique pour certains, donnant l’impression d’un relief plat. D’autres trouveraient l’album trop flou de par ses inspirations grunge et punk au milieu de ses nappes shoegaze.
Mais c’est ce qui fait sa force : When a Flower Doesn’t Grow ne se livre pas d’emblée. Il demande du temps, de l’attention et de l’émotion.
Et c’est là que réside la véritable leçon de cette œuvre. Le problème n’était pas ce que Softcult proposait, mais la manière dont je l’ai abordé. En pensant écouter un simple projet de shoegaze, je suis passé à côté d’un disque bien plus nuancé, plus engagé, et plus cohérent que ce que j’imaginais.
Comme quoi, parfois, il ne s’agit pas de chercher autre chose… Il faut simplement mieux écouter.
A propos de Guillaume W
Guillaume est grand comme son âge et aime écouter les sons qu'il veut écouter. Passionné de métal, de jazz et de jeux-vidéos, il arrive en big 2025 pour nous régaler les yeux de ses avis auditifs.