Asunojokei - Island

Catégories : Chroniques
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Sorti à la fin de ce mois de juillet, Island est resté sous le radar médiatique. Peut-être est-ce à cause de sa pochette dessinée par un mangaka, qui ne fait pas assez trve ou à cause de la difficulté qu’à la scène japonaise à s’exporter au-delà de la mer de l’Est ? Pourtant, et ce n’est pas Hakim qui dira le contraire, le Japon est souvent très fort pour créer un Black Metal unique et idiosyncratique, et ce n’est pas cet album qui dira le contraire !


Avec Heavenward, l’album s’ouvre avec un son Blackgaze assez typique, largement influencé par Deafheaven. La voix black, assez aigue et râpeuse rappelle celle d’un Abbath, là encore on est dans des éléments connus du genre. Pour continuer dans cette lignée, des guitares claires avec de la réverb’ viennent assez vite, il s’agit donc d’un début d’album tout à fait classique, comme on pourrait le trouver dans d’autres formations comme Trautonist


C’est toutefois avec Chimera que l’album prend une tournure plus intéressante. Tout d’abord, on entend bien mieux les influences Hardcore avec la montée qui se fait en introduction, et surtout une influence J-Pop dans la rythmique décomposée et le riffing de guitare. Par dessus, la voix criée permet d’entendre mieux les paroles en japonais. On a donc un second morceau plus original, dont les influences stylistiques dénotent avec le Black Metal puisqu’elles lui offrent des envolées prenantes et positives, comme l’indique le solo de guitare. D’autres influences se font entendre dans le troisième morceau qu’est Gaze, passage de transition court et léger à la rythmique Trip-hop. Cela crée un bon contraste pour Footprints, de la vélocité précédente pour un morceau plus grave. Pour cela, Asunojokei recourt à un usage synchrone des instruments qui leur donne plus de lourdeur et crée un crescendo avec la batterie qui se place peu à peu sur les contretemps jusqu’à créer une structure plus nerveuse jusqu’aux blastbeats. Ce n’est que pour Diva Under the Blue Sky que l’on retrouve des influences J-Pop par des voix harmonisées et des guitares qui swinguent. Sauf qu’ici, au lieu d’avoir une voix d’Idol, on a un chant guttural black qui se place en timbre rugueux au-dessus des accords lumineux de la J-Pop. Le contraste n’est toutefois pas trop brutal, car le point de raccord du Blackgaze et de la J-Pop est sans aucun doute la réverb’, que l’on retrouve tant dans la J-Pop que dans les styles influencés par le Shoegaze. Ce n’est toutefois pas les seules lignes de force du groupe, puisque Beautiful Name, malgré son nom, revient à un Hardcore plus brut par un larsen dès sa première seconde, un crescendo agressif et un pattern rythmique axé sur la caisse claire. On sera toutefois surpris par un passage en 6/8, ce qui est moins courant dans le Hardcore, qui ouvre le morceau à un peu plus d’expressivité. C’est en effet sur cette base que les accords se diffusent en ternaire ou que la batterie vient poser des rimshots qui calment le jeu. On est alors en face d’un morceau bipolaire, car c’est sans aucun doute le morceau le plus agressif d’Island, mais qui se réserve des moments de tendresse sous son son massif. Le retour au Blackgaze se fait avec The Forgotten Ones, qui reprend les codes courants du genre pour créer une toile sonore dense. Cette toile fait office de support à la voix parlée, qui se place par-dessus pour développer la dimension mélancolique que le titre indique. Il faut à cet égard noter la force du Japonais pour donner l’impression de confidences, un sentiment intimiste, à l’égard de ce que l’on peut trouver chez Vampilia. On continue avec The Sweet Smile of Vortex, qui reste dans les influences Hardcore avec un crescendo introductif fait par un larsen assez long avant de partir sur un Blackgaze assez orthodoxe. On appréciera toutefois les passages de guitare claire avec la blinde de réverb’, qui rendent bien par eux-mêmes, mais ceux-ci créent un tel contraste avec les moments monolithiques du Hardcore à la noire et la force du son Black que le morceau dégage une lourdeur que je ne cherche pas tellement dans un tel album. Heureusement pour moi, Tidal Lullaby est un second morceau de transition, tout en légèreté avec seulement la guitare et une batterie légère, typée Jazz dans son approche axée sur les dômes des cymbales et la grosse caisse. Le morceau prend sur la fin un peu de distorsion, mais rien de trop puissant, seulement ce qu’il faut pour relancer l’album sur un ultime passage. Car avec From the Bottom of the Biotope, Island repart bien sur du Blackgaze, avec quelques touches de J-Pop dans les envolées de la guitare lead et la fin abrupte. Et bien alors, est-ce là la fin de l’album ? Il semblerait que oui, il ne reste que l’ultime Thunder. Avant que le morceau commence, on a le droit à quelques remerciements parlés qui n’ont pas qu’une valeur narrative mais qui s’adressent sans doute en partie à l’auditeur. Outre l’humilité de l’approche, cela confirme l’esprit intimiste de l’album. Mais comme réel remerciement, Asunojokei nous gratifie d’un très beau morceau mélangeant Blackgaze et J-Pop, ce que l’on vient chercher dans cet album. Cela crée une ouverture très mélodieuse mais aussi très efficace car le tempo est rapide et que la double-croche y est tenue du début à la fin, entrelacée de mélodies à deux guitares, de paroles parlées, jusqu’à clore le morceau sur une ultime note de Blackgaze.



Island est en définitive un album très réussi. Pour une fois, le Black Metal met l’accent sur des mélodies positives. Cela ne veut pas dire qu’Asunojokei néglige la mélancolie que le genre contient, mais plutôt que le groupe cherche à la dépasser. En résulte un album à la fois très efficace mais aussi très accessible pour les non-initiés, si bien que l’album réussit sur tous les plans et est sans aucun doute une très bonne entrée dans le bourbier barbare qu’est le Black Metal.


Par Baptiste - 28/09/2022

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